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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne
_Hexaptyque_
Fugitivité
Un vitrail allume
et colore le grand bouquet du choeur
se dressant à gauche de l’autelles rouges et les roseurs prédominent
le verre du grand vase s’effaceau sol s’allongent jusque sur les murs
les mêmes nuances
telle la terre
où s’originent les corolles
et avec laquelle leurs flambeaux se coalisentle bouquet est d’autant plus radieux
que le reste du choeur demeure sombreje pense à une tombe lointaine
à l’orée d’une grande forêt,
qu’il a le pouvoir de métamorphoser,
et les colonnettes de marbre refleurissent
et les lions de pierre atteignent aux enluminures
et la calligraphie qui nomme et date
est un long ruban d’or s’échappant du noirMais quelqu’un est entré.
La porte se referme avec fracas.
Le pas célère gravit un escalier.Déjà le morceau d’orgue
avec ahanement toujours recommencé
fait fuir les enchantementsencore quelques battements de mon coeur
même ainsi plus rapides
et le soleil sera beaucoup plus loin
et les fleurs inexorablement tuesje m’agrippe à cet ultime météore bleuissant
qui par le pilier
semble rejoindre les vitrauxLe train qui m’emmenait loin d’elle
tant de morceaux de lueur
se détachent
dans l’atelier nocturne
au front de mon reflet
sur la vitre
le paysage prodigalement défilé
façonne
une étoile de céramique
et encore une fois elle se hisse
au haut de l’âtre
à l’angle dardé par la chambre
de tout le feu d’orange
et de sud charnel
qui nous rêve encoreCelle qui partit au fort de décembre
c’est un pas
si régulier
sur la glace de la nuitun pas ni lent
ni célère
qui fait bruire sa voieil couvre
l’airain du campanile
où se rassérènent les vieillardsil confère
à l’atermoiement ultime
cette acuité du briserépars éperdument
ce pollen d’éclats
à travers le toit saoul d’infinisur l’immobile étang
entre les épaves foliées
nul miroitement d’astresescamoteurs des berges perfides
Feux antiques
au cri du veilleur le nom d’Iphigénie aura passé sur les lèvres de la reine
dans l’illumination du ciel vide
au-dessus du couteau d’Aulis
et Clytemnestre rassemble les anciens d’Argos
sa voix a l’inflexion d’un héraut froid
son regard l’absence d’une captive qui escompte
« J’apprends que les montagnes de l’Ida se sont allumées
que la lumière est parvenue aux collines de Lemnos
qu’ensuite Athos devint un faîte de feu
que la lumière a volé au-dessus de la mer
pour dorer les cavernes du Makistos
qu’elle atteignit l’Euripos
éblouit la vigilance du Messapios »
et la reine Clytemnestre s’interrompt
elle dévisage sa mémoire impeccable
Iphigénie qu’on prépare l’encourage de ses yeux d’enfant
« J’apprends que les bruyères sèches du Messapios se sont enflammées
que la lumière a parcouru les plaines de l’Asôpos
qu’elle s’est transportée sur le sommet du Kithairôn »
mais la reine Clytemnestre s’interrompt
dans le silence d’Iphigénie luit le couteau d’Aulis
et sur la gorge comme un lys coule le sang comme un soir
« J’ai vu qu’un bûcher s’est élevé au-dessus du marais de Gorgôpis
qu’éclatante la lumière s’est déployée sur le rivage
qu’aux environs de notre cité elle a fait un fanal du mont Arakhnaios »
les yeux de la reine s’abîment dans la nuit de la mère
« Ainsi de torche en torche
de brasier en brasier
de flambeaux acharnés
en laborieux soleils
la nouvelle a couru
jusque dans la demeure des Atrides :
le roi Agamemnon a pris la ville de Troie »
Disparitions
une feuille de papier buvard
peinte en bleu ciel
où s’épanouissent des fleurs
dont les minces tiges serpentueuses
sont d’un bleu plus foncé
et portent des corolles blanches ou rose pâlele tableau n’est concerné
ni par les racines ni par la terreune jeune femme le regarde fixement
il n’a ni date ni signature
mais elle reconnaît les pastels de l’amie
qui n’a pas reparu depuis si longtempsun homme remontait l’escalier
en direction de sa chambre
ne sachant que faire de sa fureur
il décroche le tableau
et s’en retourne aussitôt
à la salle des repas
vers celui qui en est la sourceles excuses méprisées
il le frappe à la tempe
et tandis que l’autre s’effondre au milieu des cris
il s’enfuitla jeune femme s’approche
contemple l’angle sanglant de l’oeuvre
qui saille de l’un des carrés blancs du solil ressemble à une grande flèche
qui indique les forêts cernant l’hôpital
à travers les grandes baies vitrées
où s’éploient des oiseaux noirsil convie au départ
ce qu’elle cherche désormais
de tout son coeur et de tout son être
pieds nus affamée dévêtue assoifféeune tombe simple ou déposer
de longues fleurs pastels éclaboussées d’incarnatVisiteur
sous l’embellie
cultures
et pâquis
toute sentinelle des yeux dissouteles fondrières
retracent
une odyssée
vierge d’hexamètre et de nostalgielibations
de lumière
sur les empreintes d’un dieu
qui n’a pas désappris de s’étonnerTradescantia
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