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Poème partagé par ROLLANDPOEME – création poétique en ligne
Il ne sait plus apprivoiser les mots,
Les domestiquer, les dominer.
Devenus une armée de plomb défigurée
Ils restent figés dans les tréfonds de son être ;
Les « Je t’aime » ardents, les mots d’amour,
Qui enflammaient ses lettres,
Que rythmait sa guitare de troubadour,
Sont des paroles mortes, elles ont perdu leur âme,
Elles brûlent dans sa mémoire : cet âtre ravageur.
Ces mots qui ont été son sésame
Pour ouvrir son âme et son cœur
Ce sont envolés avec Elle.
Dans quel univers folâtrent-ils ?
Dans quels bras roucoule sa printanière Tourterelle ?
La Vie n’est qu’un infâme théâtre, puéril,
Où le pâtre naïf meurt sur la scène
C’est le mot Adieu prononcé par sa Reine
Qui le tue.Il ne sait plus apprivoiser les mots,
Les ciseler en perles cristal – d’amour
Comme d’antan, pour offrande à sa Tourterelle ;
Est-ce pour ça qu’avec un noir vautour,
Ni poète, ni oiseau d’honneur, elle est partie ?
Mais que manque à sa peau la caresse de ses ailes !
Elle a quitté son horizon, son écran,
D’un coup de vent a déserté son nid
A laissé ses mots d’amants dans la douleur
Demain ou tout à l’heure
Ils exhaleront leur dernier soupir.Il ne peut plus prononcer ces mots,
Les enrubanner, les vernisser,
Les poétiser au présent, au futur,
Les pleurer, les sublimer dans un murmure.
Ce sont des mots rouillés ;
Dans sa bouche ils tournent en disque rayé,
Sa voix est enrouée, son cœur ankylosé.
Il ne peut plus prononcer ces mots
Qu’au jour de chaque matin comme un diadème
Sur son rêve il posait
Que son cœur lui réservait.
Il ne peut plus. Il ne sait plus dire «Je t’aime ».
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