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Poème partagé par GGosseyn – création poétique en ligne
Sur une autre planète, une civilisation de machines dont les créateurs ont depuis longtemps disparu.
Elles traquent dans la galaxie toutes les formes de vie organique intelligentes pour les anéantir.
Mais – sécurité laissée par leurs créateurs ? – elles ne peuvent le faire que de façon indirecte. Pour anéantir la vie sur une planète, elles peuvent détourner un météore ou provoquer une éruption volcanique, mais pas atomiser la planète avec des armes. Elles observent la Terre depuis longtemps, très longtemps.
Arishem, exécuteur principal et responsable du secteur Terre, s’entretient avec ses conseillers et serviteurs. Thanos est spécialiste de la planète Terre et des affaires humaines. Le Chœur est un programme informatique qui reproduit la pensée et les réactions des principaux dirigeants de la Terre (politiques industriels, intellectuels en vogue, … ).
Acte 2 : Ce que font les hommes
(Arishem)
— Mon excellent Thanos, tu m’intéresses bien.
Mais sois plus explicite. Que faire ?(Thanos)
— Presque rien !
Du genre humain bientôt il restera des cendres.
Il y a peu à faire il nous suffit d’attendre.
Plus besoin de volcans pour le réchauffement
Climatique. L’homme s’en charge, activement.Dans sa soif effrénée d’une infinie jouissance,
Ce crédo insensé d’éternelle croissance ;
Allant persuadé que le monde fut créé
Pour lui, et qu’il peut, sans limite, en user,
Il a pollué l’air, infecté les rivières,
Enfoui pour cent mille ans des déchets nucléaires.
Pour brûler la forêt faire l’huile de palme
Est plus efficace que lancer du napalm.
Marées noires étendues, océans de plastique,
Les mers moribondes, le bilan carbonique
Atteindra bientôt un seuil, le point critique
Où se déchaîneront les forces climatiques.
Le permafrost fond, le pôle perd ses glaces,
Avec leur albédo. Ainsi se met en place
Un cercle vertueux: Les fosses océanes
Ont patiemment stocké l’hydrate de méthane
Qui approche du point de sublimation.
Nous y serons bientôt par leurs exactions.
Le Permien-trias ? Une calembredaine !
La fin de l’ère humaine sera plus soudaine.
La planète Terre de cette race ingrate
Pour des millions d’années portera les stigmates.
Reverra-t-on jamais espèce aussi stupide,
Touchant la perfection dans son goût du suicide ?Le flot qui les entraîne inexorablement ?
L’action collective d’un fol aveuglement.
La consommation du peuple est l’opium,
Une drogue exploitée par les consortiums
Pour toujours stimuler l’infidèle croissance
Qui mènera leur monde à l’ultime échéance.
Donnant à la piétaille l’illusion du meilleur,
A coup de médias, propagande, annonceurs,
Consommation accrue de superflu utile,
– Pour mieux exister, accéder au futile –
Avec son corollaire, sacro-saint emploi,
Ceux qui tiennent les rênes ont réussi l’exploit
De faire gober aux peuples ce qu’ils voulaient qu’ils croient,
Chaque consommateur devenant une proie.
Pour mieux les opprimer en y mettant des gants
Ils ont élaboré de merveilleux slogans :(Le Choeur, citant des incantations en vogue sur la Terre)
— « Concurrence libre, loyale et non faussée.
C’est la main invisible et les lois du marché.
Il n’y a pas de plan B, There’s no alternative. »(Thanos)
— Ces mots sont des armes de destruction massive.
Ne croiriez-vous pas entendre un catéchisme ?
Mieux qu’une religion c’est le libéralisme.
Baal, Quetzalcóatl, Apollon, Toutatis,
Ont reçu en leur temps l’humain en sacrifice.
Avec ce nouveau dieu on atteint d’autres cimes
C’est en millions d’humains qu’on compte ses victimes.La main du marché tient l’invisible poignard
Et le sang des victimes devient des dollars.
Des millions d’hectares de terre défoliés,
Populations chassées, indigènes spoliés,
Pour construire des routes qui ne mènent nulle part,
Modernisation qui augmente les parts
Des multinationales et de leurs actionnaires.
Un retraité vertueux devient un tortionnaire
Quand son fond de pension congédie des confrères
Dont le seul tort était de vouloir un salaire
Décent pour subsister.(Le Choeur, chantant sur le ton de la litanie)
— « Il faudra qu’on s’y fasse,
L’avenir n’appartient pas à l’informe masse.
Le monde est mis en branle par quelques intrépides
Qui tiennent le sommet de cette pyramide
Et leurs bienfaits ruissèlent par ordre de mérite.
Toi qui est tout en bas, ton sort, tu le mérites. »(Thanos)
— Telles billevesées devraient prêter à rire,
Beaucoup y croient pourtant, résignés et sans ire.Portant au pinacle l’individualisme
Ce discours avilit toute forme d’altruisme,
De solidarité, de commisération,
Excusant, in fine, toutes les exactions.
Dans une économie édifiée sur l’usure
Le créancier est roi, hors de toute mesure.
D’une main il octroie et de l’autre il reprend.
Non sans prendre au passage de fiers émoluments.
La Grèce est à genoux. Elle supplie : «Moins de dette ! ».
L’Allemagne, magnanime, marche sur sa tête ;
Sous le pieux prétexte de gérer ses dépenses,
Impose un plan vampire lui suçant sa substance.
Banques cannibales côtoyant fonds vautours.
Chacun, en s’affublant de ses plus beaux atours
Fait la danse du ventre pour capter l’argent
De ces milliards de gouttes, de milliards de gens,
Dont la somme est ce tout qu’on nomme « Humanité ».
Dès lors, trop grand pour choir, en toute impunité,
Ils jouent au casino, des sommes colossales,
Rêvant de fantasmagoriques martingales :
Pyramides Ponzi, subprimes, effets levier,
Traders omnipotents jouant sur leur clavier,
Le destin d’un pays, le cours des céréales
Amplifiant la famine au Togo, au Népal.
Et ce … légalement, voilà l’apothéose !
Dérégulation ! C’est là toute la cause,
C’est le libéralisme, utopie ubuesque !
Ces banques dinosaures, fonds gargantuesques,
En possédant les fonds de millions d’épargnants
Ont l’assurance d’être toujours les gagnants.
Lorsque la bourse monte l’actionnaire encaisse.
Lorsque la crise arrive l’état comble les caisses.C’est cet état de fait qui causera leur perte.
L’essaim humanité est une masse inerte,
Qui lorsqu’elle est lancée poursuit sa trajectoire.
Le plus grand nombre pousse, en refusant de voir,
Une roue à rochet, qui tourne, horriblement.
Et le climat s’emballe, inexorablement.
Beaucoup, qui peuvent agir, n’ont aucun intérêt
A changer un modèle qui les voit prospérer.
Politicien véreux ; scientifique ébaubi,
Par les dotations que versent les lobbies ;
Doux écologistes, luttant à minima,
En voulant concilier capital et climat ;
Média sous contrôle, maté par tel cartel,
Et réduit à un rôle: apaiser le cheptel ;
Milliardaire vieilli anxieux de rédemption,
Qui, en ayant promis une historique action,
Pour préserver ses biens soudain se désengage ;
Tous ces gens tiennent un unique langage :
« L’environnement ? Soit, sans porter préjudice
A notre économie, ce si bel édifice. »
Que peut bien importer que leur monde décline.
La balance toujours vers le profit s’incline.Pour que rien ne change, que tout soit comme avant,
La stratégie du choc et la fuite en avant.
Pour concilier climat-modèle économique,
Il suffit de trouver des solutions pratiques.(Le Choeur, avec conviction et emphase)
— « Dans un défi technologique et sans pareil
Renvoyons dans le ciel les rayons du soleil !
Gorgeons l’atmosphère de dioxyde de soufre !
Du moment que personne en Occident ne souffre,
Qu’importent les effets duaux et chaotiques,
Comme la sécheresse s’accroissant en Afrique !
Les leçons du Laki, du Katmai, et du Pinatubo ?
Il faut les ignorer car ce projet est beau.
Non content de parer, à court terme, au danger
Il permettra, c’est sûr, à certains d’engranger
De somptueux bénéfices, juste rétribution
Pour services rendus à toutes les nations.
De fait, s’il y a des effets collatéraux,
On peut s’accommoder des problèmes moraux.
Et, en définitive, que demander de plus :
Protéger le climat en honorant Malthus ! »(Thanos)
— Cette capacité à s’aveugler eux-mêmes
Est au delà de tout et mérite un poème.Quand des illuminés contrôlent les légions
Ce qui fut une secte devient religion.
Dans la très longue liste des aggiornamento
Il y a l’important protocole de Kyoto.
Il y a de CO2 de graves émissions ?
Le marché réalise une transmutation !(Le Choeur, sur un ton impératif)
— « Arbre, tu n’es plus arbre, mais puits à carbone !
Puisque le CO2 se spécule à la tonne,
Tu deviens trop précieux pour que les autochtones
Puissent même approcher. Et puis ceux-ci détonent
Dans leurs propres forets, bois surévalués,
Étant un alibi, un droit à polluer. »(Thanos)
— Ainsi le salvateur « projet compensation»
Guérit la planète par l’expropriation.
Le long du fleuve Aguán situé au Honduras,
Et en maints autres lieux, les paysans qu’on chasse
De cette aberration sont les muets témoins,
Puisque l’on exproprie ceux qui polluent le moins.
Ainsi, quand prolifèrent tornades, typhons,
On atteint un sommet tout en touchant le fond.Ah, Monseigneur, je ris, c’est trop croquignolesque !
Cela m’amuse tant que je souhaiterais presque
Que nous intervenions pour qu’ils aillent moins vite
Vers l’annihilation où ils se précipitent.Je ne vois pas comment ils pourraient s’en sortir
En effet. Par quel biais ? Et savez-vous le pire ?
Si soudain les états voulaient la marche-arrière,
Leurs traités commerciaux défendraient de le faire !
ALENA, A.M.I, TAFTA et O.M.C,
Slogans ésotériques pour avis de décès
De la démocratie ; bienséants attentats,
Accords bilatéraux, spoliation des états.
Un juge américain fait trembler l’Argentine
Et il ne fait pas bon contrarier la Chine.(Le Choeur, docte et péremptoire)
— « Vous voulez du soleil convertir les photons
En une énergie propre ? Soit, d’abord votons !
Pour que vous produisiez vos photovoltaïques
Il vous faudra d’abord l’accord de l’Amérique,
De l’Inde et de Shanghai, des kurdes, des berbères,
Avec une O.M.C veillant tel un Cerbère. »« En jardinant chez vous une production,
De poireaux vous perpétrez trois exactions :
Vous n’avez plus le droit d’utiliser des graines
Naturelles gratis – Brevet sur le vivant ;
Vous faites concurrence aux pays cultivant
A moindres frais, forts d’une armée d’esclaves ;
Enfin, par l’autarcie vous créez une enclave :
Réduisant, de poireaux, la consommation,
Vous brimez la demande et la production.
Certes, vous réduisez l’empreinte écologique,
Mais vous diminuez la force logistique
Des magasins, transports, industrie pétrolière,
De la publicité-marketing la filière,
Autant d’entreprises vivant sur ce commerce,
Et sur leurs épaules votre forfait s’exerce,
Ainsi, terroriste, vous détruisez l’emploi !
Face à telles menaces, onc l’O.M.C ne ploie. »(Thanos)
— C’est un fait Monseigneur, voilà où nous en sommes,
Même si c’est inouï, voilà ce qu’a fait l’homme.
Autour du cou il s’est attaché une pierre
Et impavide il va se jeter dans la mer !
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