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Poème partagé par lagaudiere – création poétique en ligne
En une lugubre forêt vivait un homme solitaire
N’ayant que son imagination pour se distraire.
Tout en lui étant laid, il n’avait pu se lier d’amitié
Avec aucun des habitants, voisins de la forêt.
Il n’y avait que dans ses yeux que l’on décelait
Une petite lueur limpide, comme de l’humanité.Dans son macabre logis, venu du fond des âges,
L’ immobile s’animait pour saluer son passage,
C’était là, sous ses ordres, sa seule domesticité,
Car auprès de lui, aucune servante ne demeuraitChaque nuit de pleine lune, à son corps défendant,
Il allait s’asseoir dans la clairière et tendait le cou,
Puis, invectivant la lune comme le font les loups,
Voilà qu’il se changeait en loup-garou menaçant.Pendant ce temps au village, une fille, point sotte,
Refusait fermement à son père un mariage convenu
Et décida, plutôt que d’être livrée, au plus riche venu,
D’aller au couvent des religieuses, et devenir dévote.
La colère du père, voyez-vous, s’écouta au-delà du lieu,
Et jusqu’à l’orée du bois maléfique, il conduisit l’ingénue,
Lui ordonnant de s’y aventurer, seule et entièrement nue,
Si tel est votre désir père, je vous obéis et vous dis adieu.
Seule dans les buissons qui l’écorchaient, couverte de sang,
Elle pleurait, acceptant ce sort, car la mort était sa quête…Soudain, une grosse main velue, recouverte d’un gant,
La redressa, et l’enveloppa d’une chaude peau de bête.
Voilà tout ce qu’elle vit, car d’émotion, elle s’évanouit,
Et ne se souviendra de rien, ni de comment, ni par qui !
Elle se réveilla au creux d’un lit, vêtue comme princesse.
Et pendant les jours qui suivirent… chercha sans cesse
A faire enfin la connaissance, et remercier son sauveur,
Mais l’homme solitaire, timidement, cachait sa laideur,
C’est à la dérobée, bien dissimulé, qu’il admirait la belle,
Et se rabâchait la même question, est-ce vraiment elle ?
La Belle qu’il attendait, depuis la toute première heure…
Sa Belle, paysanne ou princesse, pour qui battait son cœurRevêtu des plus beaux atours, il se présenta devant elle,
Elle eut un mouvement de recul, de l’aspect abominable,
Une telle laideur, pensa-t-elle, c’est vraiment inconcevable
Pardonnez-moi, Mademoiselle, mais vous qui êtes si belle,
M’accorderez-vous sans m’aimer, un seul et unique baiser?Bien sûr, je suis conscient que je vous demande beaucoup,
Lui expliqua-t-il, en essuyant une larme coulant sur sa joue,
Votre répugnance devant moi est bien compréhensive,
Mais, par pitié Mademoiselle, ne la rendez pas excessive.
Voyant les larmes de l’homme-loup, Belle, sur lui se pencha
Et, en fermant les yeux déposa un baiser sur son front velu,
Gardant tout son sang-froid, la belle et douce ingénue,
Ouvrit ses grands yeux, et de la surprise resta baba.Je ne te remercierai jamais assez dit l’homme charmant
Car, sans rien savoir de cette histoire, il fallait que tu oses,
Ton baiser m’a ramené à la vie, vois-tu ma métamorphose,
Mes terres, ma forêt sont à toi, me veux-tu comme amant ?
Tout doux Monsieur, je ne sais pas ce qu’en dira mon père,
Je souhaite qu’il en soit heureux, et, sachez que je l’espère.Voilà ou s’arrête l’histoire, car elle se perd dans les temps,
Tous les habitants en liesse, fêtèrent le retour au village
De la belle ingénue et de l’ancien homme sauvage,
Après le mariage, ils eurent, dit-on… beaucoup d’enfants !
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