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Sujet
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Carnets d’un « Anti-voyage ».
ou
Je repars vivre, puisque c’est ainsi que cela s’appelle.Envolée.
De leurs aéroports bondés ne décollent plus aucun avion
Vers ces pays somptueux
Qui ressemblaient
Au yeux
Qui tant les regardaient.Solitude 1
Des machines enregistrent vos bagages
J’ai souri à une femme de ménage
Juste pour rencontrer un regard.Solitude 2.
Entre Orly et Mérignac,
Je n’ai pas eu à Marignane
La présence que j’attendais.Ma vie 1.
Parfois, avec ma femme, je fais l’amour
Avec le désespoir de qui ne veut pas se noyer.
Je sombre alors dans cet amour.En vol 1.
Qui saura me dire
Pourquoi il me faudrait revenir ?
Bien qu’obligé à rien
Je me sens responsable de tous.En vol 2.
L’aile droite de l’avion
Effleure l’Etang de Berre
Dans l’effilée lancée
De cet avion envolé.En vol 3.
Pourquoi ceux que l’on attend
Sont-ils donc si absents ?
Apparais-je moi aussi si lointain
Aux regards de mes familiers ?
Pourtant, j’aime tant ces absents !
Mais aiment-ils si peu ma présence ?En vol 4.
Leurs conseils d’évasion
Pour rehausser l’éclat
De mon moral
Ne sont que de vieilles lunes
Pour vieux oiseaux sans plumes.Poésie 1.
Dresser l’obituaire
De ses pensées défuntes
C’est rendre hommage
A Jaccottet
Et à ses « figures absentes ».Optimisme 1.
L’hôtesse de l’air a le regard droit
Qui vous considère.
A mon âge, la beauté ennuie,
Mais cette franchise dans son regard
Etait une clarté attendue.Ma vie 2.
Rien à dire.Une passagère.
Le lissé de la chevelure d’une passagère
Evoque la secrète Diotime,
Cette femme perse.
Mais sans ses lions, bien sûr.Bordeaux 10h.
Dès après l’atterrissage,
J’allume mon portable
Pour y trouver ,peut-être,
Déposé, le SMS attendu.
Rien.
Alors, je repars vivre
Puisque c’est ainsi que cela s’appelle.Un passager.
Un homme fébrile fouille
Dans son bagage ouvert.
Oh ! Merveille
Un livre,
Un exemplaire de La Pléïade.
Subitement, le monde redevient vivable.
Fugacement.Au bord de l’Atlantique.
Sera-t-il un jour possible
De faire taire les cris des mouettes
Et les appels inextinguibles
De la mendiante de Duras.
Un mendiant passe
Sans vice-consul.Après vol 1.
Le SMS que j’attends
N’arrivera bien sûr pas
Ou alors il sera si tard
Qu’il sera trop tard.
Et j’aurai si peu choisi
Pour ce semblant de nuit
Cette fille qui déjà m’ennuie.
A partir de combien de désespoirs
Sent-on que jamais plus
On ne refera surface ?Arcachon.
C’est l’arrière saison
Dans la ville désertée
Derrière un rideau ourlé
Cachant des secrets
J’imagine Marguerite
Et son « Homme-Atlantique ».Ma vie 3 : Arcachon ou le paradis.
La nuit se fait noire
Sur ce fond clouté
Par les étoiles allumées
Toutes incendiées.Et puis ce soleil
Qui comme un miel
Dégouline du fruit
Si mûr, trop cuit
Par ce soleil de nuit.Comment, vous ne savez pas
Que ce matin déjà,
Un message magique,
La voix magnétique,
Le regard magnifique,
M’attendait ce visage
Si beau, peu sage
De mon amie ?D’où ce soleil de nuit
Ces étoiles dans mes yeux
Et tous ces passants qui sourient
Et tout ce ciel si bleu
Qui déborde ma vie
Qui submerge à l’envi
Toutes mes réticences
Toutes mes désespérances !Et ma poésie fugue sans moi,
Galopante.
Et mon envie de vie fuse en moi,
Crépitante.Landes en feu 1.
Que ne suis-je incendiaire !Quand les pins embrasés
D’une fumée comme exhalée
Brûlent leurs fûts exsangues ;
Quand les flammes hors de cette gangue
De branches enchevêtrées, calcinent le paysage,
C’est un panache noir qui avec rage
S’épand dans le ciel obscurci
Par tant de noires scories.Que ne puis-je devenir incendiaire
Pour, par un retour de flamme
Attiser la fadeur de mes drames
Et embraser d’une passion altière
Ma femme.Ma vie 4 : Sur l’autoroute.
Tout cela toujours si noir
Et toutes ces pensée brèves
Qui tissent leur laminoir
Et cette vie dont on crève !Sans ces mots où serait l’exutoire ?
Sans eux comment finirait mon histoire ?Comment toujours appréhender la différence
Entre la pensée de l’accident simulé
Et l’acte osé de l’accident provoquée ?
Entre les deux, n’y aurait-il pas de nuance ?
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