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C’était un soir d’été

  • Ce sujet contient 3 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoSybilla, le 11-03-2023 12:47.
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    Sujet
  • #2700328
    Plume de platine
    ★★★★★☆
    Avatar photoELTEOR
    Membre Oasis
      • Sujet: 5992
      • Réponses: 2550

      Poème partagé par ELTEOR – création poétique en ligne

      C’était un soir d’été

      C’était un soir d’été, dans la douceur des prés
      Quand le soleil est las, d’éclairer la journée
      Que le vent cesse de souffler dans les cyprès
      Je me sens libéré, d’un travail acharné.

      Allongé de mon long, sur un tapis de fleurs
      D’herbes folles, que les derniers rayons me charment
      Caressent doucement, de leurs doigts cajoleurs
      Ma peau, je m’endors enfin, à l’ombre d’un charme.

      Il est doux de rêver, de pouvoir s’évader
      De vider son esprit, des mauvaises pensées
      Je me revois enfant, heureux de gambader
      Dans les champs de blés et de cueillir des pensées.

      Nostalgie ! Tu me tues, d’aimer, ces temps d’antan
      J’ai mal à l’âme, je veux fuir, tout oublier
      Car je t’en veux, à me rappeler ces instants
      De bonheur, pars ! Va-t’en ! Dois-je te supplier ?

      Pourquoi me faire souffrir ? Cruels souvenirs
      J’étais heureux et insouciant, j’aimais la vie
      Tout était beau et grand, j’avais un avenir
      Et un jour, plus que maudit, la mort m’a surpris.

      Je suis l’inconnu, sur la stèle funéraire
      La guerre, ce n’était pas les flonflons du bal
      Tombé au champ d’honneur, à côté de mes frères
      Deux trous, côté droit, je suis le dormeur du val !

      Il pleut des balles d’enfer, un crachat de mitraille
      Le temps est lourd, pesant, du fer dans les entrailles
      Je meurs et j’en ris ! A m’en faire mal ! Ciel bleu
      Un beau jour de guerre, pour périr sous le feu !

      Ils étaient fiers, ces grands et beaux bataillons
      Marchant du même pas, à creuser des sillons
      L’ennemi ancestral, incarnait tout le mal
      Comme lui, on retrouvait, l’instinct animal !

      Terrés dans des trous de rat, parmi les charognes
      TUEZ ! TUEZ ! S’entretuer, sale besogne
      Pourquoi ? Pourquoi ? Je vois la mort autour de moi
      Ces corps meurtris, tout ce sang versé, pourquoi ?

      Suis-je né pour cela, c’était ça mon destin
      A porter un fusil, marcher vers le chemin
      Qui me mène au tombeau, sauver la patrie
      Au prix de ma vie, quel mépris, quelle ironie !

      Entendez-vous, résonner le son du clairon
      Annonçant la fin des combats, sur le perron
      De mairie, énoncer le nom des combattants
      Victoires, faits d’armes et leurs exploits éclatants !

      Et dans les villages de France se dressent
      Près des vieux marchés, la stèle vengeresse
      Où sont inscrits les patronymes des héros
      Honneurs aux morts, à tous ceux tombés sans un mot !

      Méditez braves gens, la guerre est folie
      Furie des humains, elle n’est jamais abolie
      Que ma mort vous serve, éviter ces horreurs
      Sauver vos vies et fuir les fureurs d’un führer !

      Chaque nuit, de nouveau l’éternel cauchemar
      J’ai mal ! Si je pouvais, ne plus me souvenir
      Je pourrais m’endormir et larguer les amarres
      Evacuer de l’esprit, ces maux à bannir !

      Je revis, je revois, je ressens et je meurs
      D’incessants tourments qui rongent les fondements
      De mes pensées, des humeurs, rumeurs et clameurs
      Carnaval de douleur, à crier d’hurlements !

      Au matin, sur la peau, des sueurs de métal
      Dans la bouche, le goût amer, du temps passé
      A combattre dans les tranchées, un jeu brutal
      La mort autour de moi, la peur de trépasser !

      Le feu des enfers, le fer brûlant de l’obus
      Eclatant, déchirant les chairs, mettant à nu
      Nos ancestrales torpeurs, toujours à l’affût
      Epiant l’ennemi, attendant sa venue.

      Comment survivre, avoir vécu tant d’horreurs
      Rester indemne, je ne peux plus supporter
      Les réminiscences des combats, les frayeurs
      Des soldats à l’assaut, les corps déchiquetés !

      Je porte les cendres de la guerre, relique
      D’un voyage vers l’abîme, vers le néant
      Où l’homme n’est plus humain, arme métallique
      Au service de la folie de mécréants !

      Mon amour, mon aimée, je t’écris cette lettre
      Le temps est gris, il pleut depuis tôt ce matin
      Et un froid glacial engourdi tout mon être
      Sans pouvoir te voir, mon moral est atteint.

      Je reste à mon poste à surveiller l’ennemi
      D’en face, mais il peut surgir à tout moment
      Prêt à tuer un gars qui n’est pas mon ami
      Car je le sais, la guerre n’est pas un roman.

      Mon amour, mon aimée, si je meurs aujourd’hui
      Tu mettras dans ma tombe, mes fleurs préférées
      Un joli bouquet rouge, ainsi que quelques fruits
      Des livres de qualité, ceux que je dévorais.

      Je ne la crains pas, je n’ai pas peur de la mort
      Elle peut venir un soir au détour d’un chemin
      M’annoncer la fin, ainsi prévenu du sort
      Réservé, mon sang n’a pas l’odeur de jasmin.

      Mon amour, mon aimée, pour la folie des hommes
      Tu seras surement veuve, je ne serais plus
      Tu regarderas les photos de notre album
      En pensant à nous, à ce bonheur révolu.

      Si mon corps ne doit pas pourrir au fond d’un trou
      Et que je revienne atrocement blessé
      La gueule cassée, aurais-tu un vrai dégoût
      A me voir ainsi, tu ne pourras l’encaisser.

      L’aube se lève sur le champ de bataille
      J’ai une forte douleur venant de l’estomac
      L’envie de vomir mes tripes, de vider ma peur
      Car ce soir, je ne verrais pas le soleil se coucher.

      Dans deux heures, sur le coup de sifflet de l’officier
      Je vais sortir de la tranchée, baïonnette au canon
      Galvanisé par la haine, il faut casser du boche
      Ces salauds qui ont envahi mon pauvre pays.

      Encore un peu de temps, regard sur des photos jaunies
      Et sur des lettres froissées, un moment de nostalgie
      De ces doux souvenirs du passé, de ces moments heureux
      Mon esprit s’embrume, je dois réagir, ce n’est pas le lieu.

      Mon capitaine regarde fébrilement sa montre
      Compte les minutes et soudain il arme son révolver
      Le son perce le silence de la nuit, c’est le départ
      Vers l’abîme, la montée vers l’enfer, de fer et de feu.

      Je sors de mon trou, comme les autres soldats
      Les mitrailleuses crachent leur fiel de projectiles
      Un camarade tombe, une balle en pleine tête
      Sa cervelle se répand sur mon uniforme.

      Les canons se mettent à tonner, les obus à tomber
      Autour de nous, un éclat arrache le visage d’un copain
      Il hurle de douleur, le sang pisse à longs flots
      Je dois continuer, je ne peux m’arrêter.

      Nous arrivons au niveau d’un rideau de barbelés
      L’ennemi continue à tirer, à faucher les jeunes gens
      L’un d’eux est accroché aux fils de métal
      Il a les entrailles qui lui sortent du ventre.

      Vingt minutes de fin du monde, de durs, d’âpres combats
      La moitié de la troupe est décimée, morte ou blessée
      Et voilà enfin l’ennemi, je le vois comme il me voit
      Nous sautons dans la tranchée, pour le tuer.

      Face à face, homme à homme, corps à corps
      Nous nous battons à coups de poignard ou de pelle
      J’enfonce ma lame dans le cœur d’un allemand
      Je sens sa vie partir, il est crevé l’ordure !

      Je m’appelle Hans et je suis allemand
      Mon père a péri dans les tranchées de Verdun
      Tué au cœur d’un coup de couteau par un Poilu
      Je ne l’ai pas connu, je n’avais que cinq ans.

      Enrôlé dans la Wehrmacht, nous avons envahi
      En un mois la Pologne, la guerre commence
      Déclenchée par la folie d’un homme dénommé
      Hitler, six années d’horreurs absolues.

      Je n’ai rien demandé, seulement subi
      Je l’avoue, endoctriné par un fanatique
      Le peuple a suivi le Führer vers l’enfer
      Atteint par les maux les plus infects.

      Pourquoi ? Ai-je participé à l’abominable
      Au pire, à la négation totale d’êtres humains
      A leur méthodique anéantissement programmé
      On se disait supérieur à eux, mais en quoi ?

      Nous sommes petits enfants de boches et poilus
      Nous ne voulons plus de guerre, mais que la paix
      Nous pensons à tous ces morts, pour notre salut
      Plus jamais çà ! Ils méritent notre respect !

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    • Auteur
      Réponses
      • #3434512
        Mascotte d'Oasis
        Avatar photoislander
        Membre Oasis
          • Sujet: 8961
          • Réponses: 96822

          magnifique poème, une dénonciation essentielle pour les temps futurs, pique de l’histoire qui fait encore mal, merci beaucoup

          yann

        • #3434526
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          Avatar photoalaplume
          Membre Oasis
            • Sujet: 469
            • Réponses: 6576

            Pfiou! Tu vas en décourager plus d’un à te lire, même si personnellement je voulais absolument aller au bout bien que sachant déjà où tu allais et ce que je dirais…
            On sait, on n’oublie pas, les livres d’histoire sont aussi là pour le rappeler. Aujourd’hui ce type de guerre n’est plus possible, la force dissuasive est bien trop puissante pour cela… heureusement…ou pas! Qui sait ce qu’un fou est capable de faire…

            Amicalement.

            c'est toujours quand il est parti qu'on se rend compte que le bonheur ?tait l?!
          • #3434565
            Administratrice
            Avatar photoSybilla
            Maître des clés
              • Sujet: 17854
              • Réponses: 198266

              Bonjour Olivier,

              Je t’ai lu jusqu’au bout malgré la longueur de ta magnifique poésie poignante qui remue le coeur et donne des frissons d’effroi et des larmes aux yeux !

              Tu as relaté ces événements de telle façon que l’on vit tout ce que tu as écrit comme si l’on assistait à un reportage télévisé montrant toutes ces horreurs que la guerre a enclenché !

              La guerre, toutes les guerres qui font tant de massacres…

              Les soldats comme celui décrit dans ta poésie sont on ne peut plus traumatisés lorsqu’ils parviennent à rester en vie, et bon nombre préféreraient la Paix plutôt que de se battre pour des intérêts qui paraissent si futiles par rapport à la vie…!

              Belle journée cher ami poète Olivier !
              Toutes mes amitiés
              Sybilla

              Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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