-
Sujet
-
Poème partagé par ELTEOR – création poétique en ligne
Cette musique
Et j’écoute cette musique qui me transperce
Cette plainte, je l’ai dans la peau, dans les veines
C’est un fleuve de douleur qui coule dans mon sang
Elle porte en elle la force d’une mélancolie absolue
J’ai l’âme qui pleure et le corps en tristesse
Je ne suis plus humain, juste une enveloppe
Un puits sans fond qui mène aux abîmes
Je me laisse entraîner jusqu’à en mourir
Chaque note est une goutte d’acide qui me brûle
Elle me fait mal et en même temps, un bien infini
L’esprit n’est plus dans le cerveau, il est parti
Il voyage dans l’espace pour atteindre les étoiles
L’écouter pendant des heures, l’esprit se transmute
Je modifie mes pensées, elles deviennent autres
Je deviens poreux, friable comme du sable
Je me décompose et je ne suis plus rien
Et quand le morceau est fini, je reviens à la vie
Tout me paraît futile, inutile, je suis ailleurs
Les atomes et les neurones se remettent en ordre
Et j’attends de le réécouter pour me détruire encore
Je suis là dans cette pièce, seul comme toujours
Et j’écoute ce morceau de musique classique
Mon âme pleure un torrent de larmes de tristesse
Elles coulent sur mon visage et ravinent mes traits
Je sais que je vais mourir, le temps hélas m’est compté
Je n’ai pas peur de la fin, je la sentais venir lentement
Arrivé au bout du chemin de l’existence, fatigué de survivre
J’ai besoin de repos, du long sommeil éternel du néant
Et la musique pénètre mon esprit, c’est un linceul blanc
Il recouvre mes souvenirs, panse mes cicatrices de vie
Je n’ai plus personne autour de moi, mon chien est mort
Il ne reste rien, que des fantômes qui m’appellent à les rejoindre
Le morceau tourne en boucle, et j’attends le moment fatidique
Où mon corps me dira de partir, le voilà enfin qui se présente
Alors je souris dans le noir, et je crie j’arrive, j’arrive
La musique se tait, le silence est total, je meurs, me voilà
Et un jour ils sont entrés dans cette pièce et ils ont aperçu
Un squelette aux os blanchis, assis dans un fauteuil
La main gauche tenait une partition, sur un petit meuble
Un appareil pour écouter de la musique, ils ont mis le disque
Et instantanément je suis revenu écouter mon morceau préféré
J’étais là avec eux et j’ai vu ces étrangers se mettre à pleurer
L’un d’eux a trouvé mon portrait, il n’a rien dit aux autres
Il a senti ma présence, a compris qui j’étais, il a souri
Je suis cet homme qui a souri, j’ai tant aimé cet air
Je ne pouvais pas rester dans l’au-delà et Dieu m’a renvoyé
Je suis l’auteur de ce morceau, amoureux de mon œuvre
Je vais vivre ma nouvelle vie, et la même fin va recommencer !
J’ai vu les hommes lever les armes contre leurs frères
J’ai vu la terre s’ouvrir sous le poids des colères
J’ai vu les villes mourir dans la fumée et le feu
Et les cris des innocents monter jusqu’aux cieux
J’ai vu des mères attendre devant des portes closes
Des enfants chercher des visages parmi les décombres
Des soldats avancer sans savoir pourquoi ils osent
Encore porter la mort au milieu de leurs ombres
Puis, peu à peu, le fracas s’est éloigné d’eux
Les armes se sont tues, le monde a retenu son souffle
Il ne restait plus rien à conquérir, rien à sauver
Seulement des âmes debout au bord du gouffre
Alors, dans ce silence où même le temps s’efface
Quelque chose est venu que nul homme ne peut nommer
Ce n’était ni une voix, ni une lumière, ni une grâce
Mais un chant si pur que la douleur semblait s’en aller
Et soudain, au-dessus du monde et de ses blessures
J’ai senti mon âme quitter lentement son enveloppe
Mon univers est devenu lointain, léger, presque un murmure
Et mon dernier souffle s’est perdu dans l’infini
J’entends la musique céleste, le chant des étoiles
Et mon esprit n’est plus sur la planète Terre
Je n’ai plus de corps, je n’ai plus de poids
Je ne suis qu’une pure sensation sensorielle
Mon âme pleure, transcendée par les sons divins
Si c’est cela le Paradis, je ne crains plus de mourir
Je n’ai plus d’envies, je n’ai plus de besoins
Je suis plus léger que le plus léger des atomes
C’est un hymne à l’amour, une ode à la liberté
Je suis détaché de tout, je flotte dans l’espace
La lumière me traverse de part en part, je suis là
Et Dieu est jaloux de ma plénitude absolue
Je suis immortel le temps d’une simple éternité
Et je suis prêt à ressentir un milliard de fois
Cette extase totale, cette jouissance infinie
J’entends la musique céleste, je suis devenu une étoile
Mon ÂME pleure ! De longs sanglots, lourdes larmes
Voilent mon cœur torturé, l’esprit transporté
Dans l’émotif Adagio des Cordes, l’alarme
Se déclenche à l’écouter, il m’a emporté
Les sens à fleur de peau, le corps paralysé
Mon être transfiguré, je vole au-dessus
Du réel, la chair dématérialisée
A ressentir le mal, je l’ai enfin perçu
La déchirure dans les horreurs de la guerre
La Mort annihile tout, la vie est un leurre
L’homme est un monstre civilisé si vulgaire
Qu’il fait pâlir les Dieux et mon Âme pleure
Le cœur saigne, l’esprit s’émeut, le corps vacille
Car les jambes flageolent et je dois m’asseoir
Ce morceau a coupé mon âme à la faucille
Je suis transfiguré, j’attends la Mort ce soir
A entendre l’Adagio d’Albinoni
Je suis prêt à affronter ce cruel destin
Qui mènera à jamais vers cet infini
Cet ailleurs, je le sais, un jour viendra la fin
J’ai fait le deuil de ma vie, je suis coi, en paix
Et je n’ai pas peur ! J’ai combattu mes démons
Que la Mort m’enveloppe d’un brouillard épais
La Camarde me prend, qu’on n’oublie pas mon nom
La musique pénètre les chairs et le corps
Puis envahit l’esprit jusqu’aux portes de l’âme
Le fluide coule dans les veines, artères
Tout mon être est empli de ses sons musicaux
J’entends le souffle épique des Walkyries de Wagner
Surgir des tréfonds de mes souvenirs de jeunesse
Ces temps où tout homme se lance des défis
Pour parvenir à réaliser ses rêves et idéaux
Et quand arrivera le chant crépusculaire de la vie
C’est sur le Canon de Pachelbel que je partirai
Accompagné du célèbre Adagio d’Albinoni
Et en écoutant celui des Cordes de Barber
J’entends cette musique qui brise mon âme
Qui pleure en moi, qui pénètre le cœur, l’esprit
J’écoute ces notes et je pense à ma femme
Ce triste adagio, l’amour n’a pas de prix
Je marche sur tes pas, attendant la venue
De celle qui prendra ma vie, aucun regret
Du passé, car la nostalgie est mal venue
Pouvoir me souvenir, je le fais de bon gré
Quand le temps sera de rendre sa révérence
Et en attendant de rejoindre un autre lieu
Remettez ce morceau qui a ma préférence
Je pars heureux pour la retrouver dans les cieux
Le silence est total, lourd, pesant comme le néant
Et soudain une musique céleste traverse mon esprit
Une lumière de sons éclaire les ténèbres de mes pensées
Je sors de ma torpeur crépusculaire et je suis en émoi
Je ferme les yeux, mes paupières glissent vers la nuit
Mon corps se détend et les muscles se relâchent
Je n’entends plus le bruit du monde extérieur
Je ressens qu’il se passe quelque chose en moi
Mes doigts se mettent à trembler, à remuer, à bouger
Je ne contrôle pas mes mains, elles se dressent vers le ciel
Elles essaient d’attraper l’invisible, et devant elles
Il n’y a rien qu’un champ d’étoiles dans l’infini
J’écarte les bras, les jambes serrées, et je m’élève
Je quitte le sol et je monte doucement vers l’inconnu
Je dépasse les nuages, je n’ai pas peur, je suis serein
Voilà l’espace, je ne souffre pas du froid, du manque d’air
Instinctivement je me retourne et je quitte la Terre, ma planète
Un dernier regard et elle s’efface totalement de ma vue
Et je continue mon voyage mystérieux vers je ne sais où
La musique céleste s’arrête, j’ouvre les yeux, je suis chez moi
Je me lève du fauteuil, la tête encore pleine de cette plénitude
Je titube, je chancèle et je m’écroule sur le carrelage
Je suis envahi à nouveau par la symphonie cosmique
Des entités apparaissent devant moi et nous partons là-haut
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.





Merci de m'avoir lue.