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Charlotte Dobuc

  • Ce sujet contient 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoMr_Guyguy, le 14-02 03:45.
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    Sujet
  • #3602239
    Plume de platine
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    Avatar photoMr_Guyguy
    Membre Oasis
      • Sujet: 1822
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      Bonjour, je suis Markus Brandstätter, journaliste de 41 ans, né le 10 mars 1935, pour le Kölnische Rundschau, à Cologne. Je suis marié depuis de nombreuses années à Diane Merkel, cette dernière ayant 37 ans au moment où je vous parle. Nous avons trois filles ensemble, merveilleuses, c’est ce qu’elles sont. Hannah, l’aînée, a 17 ans, suivie de Maria, qui a 14 ans, et de la dernière, Angela, qui a 11 ans.

      On est le 12 juillet 1976. J’ai appris ce matin la disparition de Charlotte Dobuc, une jeune Française de 13 ans, en vacances à Cologne avec son père, Jean-Louis, qui lui a 36 ans.

      La nouvelle m’est parvenue par un appel discret du commissariat local. Depuis plusieurs semaines, j’avais suivi d’autres affaires : Andrea Ada Haller, retrouvée morte le 2 juillet dans le Nationalpark Eifel, et Sandy Schäffer, disparue puis retrouvée le 9 juillet près de l’autoroute, non loin de Lahr.

      Trois jeunes femmes, trois villes différentes, mais un même mode opératoire : un van Volkswagen vu par des témoins pour la disparition d’Andrea, une approche en confiance avant la violente mort due à un ceintre. Je me suis rendu au commissariat pour examiner les dossiers. Les policiers étaient polis mais prudents. Chaque affaire semblait isolée, car ayant eu lieu dans des zones éloignées géographiquement. Je sentais qu’ils refusaient de relier les événements entre eux.

      Je leur ai parlé d’Andrea et de Sandy, de la répétition troublante des méthodes, du modèle du véhicule aperçu. Quelques regards se sont échangés, la prudence avait un nom. J’ai analysé ce que les policiers m’ont montré, raconté et indiqué.

      Dans l’après-midi, j’ai rencontré Monsieur Dobuc, le père de Charlotte. Il m’a décrit sa fille comme étant vive, curieuse, parfois égoïste, mais intelligente. Elle croyait pouvoir se débrouiller seule. Il m’a parlé du van aperçu deux jours plus tôt. L’un des hommes avait appelé l’autre par le prénom Lars. Un nom que j’avais déjà entendu dans l’affaire Andrea Haller, un individu qui avait l’habitude de manger dans le restaurant où travaillait la jeune femme. Pour moi, le lien devenait tangible. Büttner, c’était le nom de Lars, un témoin le connaissait.

      Le lendemain, je suis retourné au commissariat pour obtenir plus de détails sur les témoins et les déplacements de Lars Büttner. Un jeune inspecteur m’a confié qu’une habitante avait reconnu Lars à proximité du parc de Cologne, là où Charlotte avait aimé se promener pendant ses vacances. La police n’avait pas encore exploité cette piste. Je me suis déplacé dans le parc de Grüngürtel pour observer les lieux. L’endroit est dense, peu fréquenté par les touristes, presque oublié de la ville de manière générale. Les chemins étroits et la végétation épaisse en font un lieu idéal pour disparaître sans être vu. Je prenais des notes, des mesures approximatives, des repères que je pourrais donner aux enquêteurs. Cette disparition m’inquiétait par rapport à mes filles : elles avaient approximativement le même âge que les disparues. De plus, je voulais vraiment aider ce père de famille à comprendre ce qui s’était passé pour son enfant.

      Le 14 juillet 1976, j’avais pris ma journée pour rester avec ma famille, m’aérer l’esprit et ne pas trop penser au travail. Mes parents, qui habitaient à Bonn — à environ 27 minutes de chez nous — avaient pour habitude de passer en milieu d’après-midi, chaque mercredi. Je n’étais que rarement là, mais ce jour-là, je voulais profiter de mes filles, bien que je les sache en sécurité avec leur mère et leurs grands-parents. Ma mère me trouva un peu trop pensif, voire même absent, même si physiquement j’étais présent. Elle savait déjà qu’il y avait des choses qui me préoccupaient. Je n’arrivais pas à profiter de ce moment de répit dans notre jardin. Mon cerveau ne voulait pas faire de pause, il cherchait à comprendre. Je pensais, au fond de moi, qu’il y avait un espoir, même si ce dernier était très mince. J’étais un homme de nature optimiste, même lorsque les moments étaient difficiles. Je n’arrivais plus à me concentrer sur les conversations que nous avions, comme parasité par mon travail. À un moment, j’ai eu la conviction que le suspect était bien impliqué. Certains pensent que les morts ne parlent pas, mais les preuves et les témoignages, si. Pour une fois, mes parents ne sont pas restés manger avec nous : un de leurs amis, qui vit en Alsace, en France, passait leur rendre visite. Le soir venu, après le coucher des filles, ma femme me fit remarquer que j’avais été ailleurs toute la journée. Je m’en excusai, l’embrassai et lui expliquai mes doutes pour la sécurité de nos filles, mes certitudes sur l’affaire en cours, mais aussi ma peur de me tromper, peut-être n’y avait-il que des coïncidences, et mon dégoût par rapport aux méthodes de travail des policiers. Après cet échange, j’allai dormir.

      Le lendemain matin, j’ai insisté auprès de la police. Je leur ai dit qu’il fallait surveiller Lars Büttner, qu’il y avait quelque chose avec cet homme, que je ne le sentais pas, et comprendre qu’il n’agissait pas seul ; pour moi, c’était presque une évidence. Ils ont finalement accepté une surveillance discrète de cet homme. Des informations internes me parvinrent : Lars voyait assez souvent un autre individu, Heinrich Moritz, moins visible mais toujours présent. Pendant ce temps, je recoupais les informations des trois affaires : les dates, les lieux, les véhicules, les modes d’approche.

      Pour moi, tout convergait. Lars, avec son métier, pouvait se déplacer aisément d’une ville à l’autre ; de plus, il fréquentait assez souvent des hôtels non loin des villes où ont eu lieu les crimes. Trois victimes, un même schéma. Le risque pour Charlotte devenait évident, mais il était déjà trop tard : les assassins consommaient les vies de leurs victimes comme un fumeur le fait avec une cigarette, en un temps assez court.

      Le lendemain, je me suis rendu à nouveau au camping où résidait Jean-Louis Dobuc pour ses vacances avec la petite Charlotte. Je notais la vie quotidienne pendant leur séjour : les habitudes, les promenades, les visites.

      Chaque détail comptait pour comprendre comment le van pouvait approcher Charlotte. À la police, les agents ont intensifié la surveillance. Les deux hommes furent vus ensemble, circulant près du parc de Cologne, surveillant les zones peu fréquentées, vérifiant que personne ne voyait ce qu’ils faisaient. La tension montait. La logique du danger s’imposait, même si la plupart des enquêteurs restaient prudents.

      Le 16 juillet 1976, j’ai continué à écrire mes notes, à publier des articles précis mais mesurés. Mon chef, Gerhard Klein, m’a conseillé de faire ainsi en attendant d’avoir du nouveau. Pas de sensationnalisme, juste des faits : un van bleu, des disparitions, des zones boisées ou proches des autoroutes. L’effet fut immédiat et la police intensifia sa surveillance des deux suspects.

      J’ai interrogé des témoins qui avaient vu Lars et Heinrich Moritz autour de la ville. J’ai réussi à obtenir l’identité du second homme. L’un d’eux a confirmé que Lars était seul à certaines heures, mais jamais sans son complice lorsqu’il s’agissait de zones isolées. On pourrait penser que le premier était un rabatteur et le second l’animal qui se jetait sur la pauvre victime.

      Les liens se resserraient. Pour moi, c’était encore plus évident que les trois affaires n’étaient plus séparées : elles formaient un même fil rouge, un seul récit, celui de deux personnes avec une méthodologie de crime.

      Le lendemain, une battue fut organisée dans le parc de Grüngürtel. Les policiers avaient compris que Charlotte se trouvait dans les environs, selon les informations obtenues de leurs collègues de Lahr et de Kall, dans une zone dense, presque inaccessible, dissimulée par la végétation. Après huit heures de recherche, des agents trouvèrent le corps sans vie de la petite Charlotte. Elle avait un ceintre en métal autour du cou. Un silence pesant s’installa. Les policiers étaient attristés ; ils auraient aimé retrouver cette victime vivante cette fois. Je reçus l’information par un appel bref d’un ami policier, qui m’indiquait qu’il allait venir me récupérer pour aller voir Monsieur Dobuc.

      Nous nous sommes rendus au camping pour annoncer la nouvelle à Jean-Louis Dobuc. Il me vit arriver et sut immédiatement. Je n’ai pas eu besoin de mots : il comprit avant que je n’ouvre la bouche. Il s’assit, les mains jointes, le regard fixe sur le sol. Ses yeux ne cherchaient pas de réponse. Au fond de lui, il espérait que sa petite « Chacha » revienne saine et sauve ; ils étaient remplis d’une absence. Je lui ai simplement dit en français que les agents avaient retrouvé sa fille. Il a fermé les yeux et a murmuré, demandant si les policiers savaient qui avait fait ça. J’ai répondu oui. Je savais que ce jour marquerait une étape dans l’enquête.

      Deux jours plus tard, Lars Büttner et Heinrich Moritz furent arrêtés. L’enquête permit de relier clairement les trois meurtres. Des indices furent retrouvés dans le van, comme un bouton de la veste de Sandy, une dent appartenant à Andrea et la chaîne en or avec un pendentif en forme de chat de Charlotte.

      Les faits établissaient que les deux hommes étaient responsables des meurtres de Sandy Schäffer, 16 ans, retrouvée le 9 juillet à côté de l’autoroute près de Lahr, d’Andrea Ada Haller, 19 ans, retrouvée le 2 juillet dans le Nationalpark Eifel, et de Charlotte Dobuc, 13 ans, retrouvée le 17 juillet dans le Grüngürtel de Cologne.

      Selon la justice ouest-allemande, Lars Büttner reçut une longue peine de réclusion pour complicité et participation active. Heinrich Moritz fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté incompressible.

      Je n’ai sauvé personne. Ce n’est pas mon métier, même si j’aimerais que cela puisse arriver. Mais j’ai refusé d’oublier ces trois jeunes vies. Leurs noms resteront. Leur histoire aussi. Et parfois, c’est tout ce que l’on peut encore offrir dans ce métier.

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      • #3605613
        Administratrice
        Avatar photoSybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 17805
          • Réponses: 198121

          Bonsoir Cher Ami poète Mr_Guyguy

          Quelle sombre histoire de meurtres !
          Cela paraît toujours incroyable de savoir que des personnes sordides et monstrueuses puissent exister sur terre…

          Bravo pour ton superbe récit !

          Écris tu des romans policiers que tu publies ?

          Belle soirée Cher Ami poète Mr_guyguy !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3605695
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          Avatar photoMr_Guyguy
          Membre Oasis
            • Sujet: 1822
            • Réponses: 2194

            Mes salutations chère Sybilla,

            Merci beaucoup pour ton commentaire si gentil et encourageant.
            Malheureusement, on est obligé de composer avec la réalité, et il est vrai que certaines histoires de meurtres et de monstruosités humaines sont difficiles à imaginer… mais elles existent.

            D’ailleurs, fais‑tu attention à certains détails ? Certains récits que tu as lus sont en fait reliés entre eux, un peu comme une série…

            Pour répondre à ta question, je n’écris pas de romans policiers, malheureusement. Je préfère me concentrer sur les nouvelles plus courtes, moins chronophages, qui me permettent d’explorer plusieurs histoires et univers différents.

            Encore merci pour ta lecture et ton soutien !

            Belle soirée à toi,
            Toutes mes amitiés.

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