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Sujet
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…Inerte. Allongé dans un lit blanc. Ni mort ni vivant. On dirait qu’il dort d’un sommeil profond. Reviendra-t-il à la vie ? Quand ? Combien de temps restera-t-il dans ce couloir sombre entre la vie et la mort ?…Elle le regarde dormir. Elle lui prend la main et la caresse avec tendresse. Elle regarde le mur sans rien dire, puis elle lui murmure : Pourquoi m’as-tu fait ça ? Je suis à bout de force. Je n’en peux plus. Tu te mures dans ton maudit sommeil. Tu t’abrites dans ton silence qui tue. Tu fuis. Lâche, irresponsable, absent ! Je te hais aussi fort que je t’aime. Réveille-toi ! Reviens ! Reviens-moi ! J’ai besoin de toi. Fais-le pour moi, pour notre amour, pour notre avenir, pour notre vie, pour la vie. Donne moi un signe ; un signe de vie ; un signe d’espoir. Tu sais, comme cette faible lumière au fin fond de la nuit. Même lointaine, elle nous attire, elle nous attend, elle nous appelle, elle nous incite à avancer. Toi, tu ne me donnes rien, aucun signe ? Fais bouger ton doigt, tes cils, ta main, ton pied, ta tête ! Fais un effort, un tout petit effort, un grand effort ! Fais quelque chose, n’importe quoi ! Dis-moi que tu m’entends, que tu es vivant, que tu me reviendras, que tu ouvriras les eux et que tu ressusciteras. Il le faudra ! Dis-moi que tu me diras je t’aime encore une fois, plusieurs fois ! Fais un signe pour que j’aie l’espoir, le courage et la force d’attendre. Au nom de notre amour, défie la mort et reviens ! Reviens, je ne te hais point !
…Inerte. Étendu dans son lit blanc, couvert d’un drap blanc comme un cadavre dans son linceul, il ne réagit pas. L’écoute-il ? Ecoute-t-il sa plainte, sa complainte, sa demande, sa prière, ses soupirs, ses pleurs ?… Il respire. On dirait qu’il dort. Serein. Immobile. Tranquille. Attaché à la vie par toutes ces machines qui l’entourent, tous ces appareils, tous ces tubes, tous ces tuyaux, son cœur bat encore mais il est ailleurs…Elle lui caresse la main tendrement, se penche lentement et l’embrasse sur le front, amoureusement. Il ne réagit nullement, aucune sensation. Absence, indifférence… Elle reste là, le regardant silencieusement, le regard hagard, l’esprit ailleurs, les yeux en pleurs, la mort dans le cœur. Le silence est long, pesant, accablant…Il respire. Son cœur bat. C’est tout. Elle s’évertue à demeurer calme. Dans son tréfonds gronde le volcan. Elle regarde dehors, inspire l’air et soupire longuement. La lumière est superbe. Fiers, les arbres valsent avec le vent. Espiègles, les moineaux sautillent d’une branche à l’autre, se gavant d’insectes. Avide, un chat noir les regarde en se léchant les babines. Amoureuses, les abeilles embrassent les fleurs et sucent leur nectar succulent. Radieux, le soleil sourit dans le ciel majestueux. La terre vit. Les êtres vivent. Les choses vivent. Même cette mouche qui fait des acrobaties aériennes au-dessus de la tête de l’homme endormi, vit. Sauf lui ! Il refuse de se réveiller. Trouve-t-il du plaisir à la faire languir ? Préfère-t-il dormir et ne plus revenir à la vie ? Attend-il sagement la mort ? Est-il en train de lutter de tous son être contre la mort ! Que se passe-t-il dans ce corps? Que se passe-t-il dans cette âme, dans cet esprit, dans ces neurones, dans ces cellules, dans ces atomes ? Comment mettre cette machine de nerfs, de chair et de sang en marche ? Où se situe exactement la panne ? Quel est ce mystère, ce miracle qui rattachent encore cet homme à la vie, le laissant gisant dans cette anti-chambre de l’au-delà, dans cette salle d’attente d’outre-tombe ? Pourquoi l’éternelle faucheuse ne vient-elle donc pas ? L’a-t-elle oublié dans cette gare déserte et glacée ; lui seul voyageur sans billet, sans valise, sans balise, sans passeport pour la mort ? La mort peut-elle être aussi cruelle, aussi insensible, aussi indifférente et laisser un homme dans cet état abominable et atroce ? La vie peut-elle être aussi méchante, aussi ingrate, aussi impitoyable et refuser de tendre la main à ce cadavre vivant ?
…Inerte. Étendu dans son lit. Il ne sent pas la brise matinale qui vient d’envahir la chambre ni la mouche qui vient d’atterrir sur son front…Elle referme la fenêtre et revient s’asseoir à son chevet. Elle chasse la mouche d’un geste nerveux. Elle le regarde en silence, regarde le mur et lui murmure : Réveille-toi donc, fainéant ! Qui va réparer le robinet de la cuisine ? Qui va promener le chien ? Qui va changer la bonbonne de gaz ? Qui va chercher les enfants à l’école ? Qui va remplir le salon de sa voix d’homme et de son rire tonitruant ? Qui va prendre sa douche et se raser en chantant ? Qui va donner vie à la maison ? Qui va me serrer fort, caresser mes seins, m’embrasser ardemment, me faire l’amour et me faire jouir toute la nuit ? Qui va m’aider dans la cuisine et faire la vaisselle en cassant la moitié des ustensiles ? Qui va cacher la télécommande et m’empêcher de voir ma série préférée pour regarder un match de football ? Qui va me raconter des blagues cochonnes en se tordant de rire ? Qui va me chatouiller, me pincer, me gâter, me dorloter et me chouchouter comme un bébé ? Qui va veiller sur moi et me protéger de tout danger ? Qui va m’aimer et me faire aimer la vie ? Qui va me faire vivre et m’éloigner de la mort toute ma vie ?…Elle le prend par les épaules et le secoue avec violence : Tu ne vas pas m’abandonner, n’est ce pas ? Tu ne vas pas faire ça, dis ? Ne crois surtout pas que je vais te laisser mourir ! Tu n’en as pas le droit ! Réveille-toi, merde ! Je n’ai marre ! Tu ne vas pas tout de même pas croire que je vais t’attendre toute ma vie tandis que tu te la coules douce, ronflant comme un loir dans ta nuit noire ? Salopard !… Je n’ai pas que ça à faire, tu sais ! J’ai ma vie moi aussi et je ne compte pas le gâcher au chevet d’un mort-vivant. J’ai le droit de vivre aussi, tu entends ? Réagis, bon sang ! Dis quelque chose ! Bouge ! …Va au diable ! Je te hais !… Je t’aime à en mourir et ma vie sans toi est vaine, malsaine, handicapée, anormale, insensée, fade, stupide, inutile, futile. Sans toi, je ne vis pas ! Comment pourrais-je vivre sans toi, dis-moi ! Tu sais qu’ils vont m’étouffer, me serrer, m’encercler, m’étrangler, m’asphyxier. Tu sais qu’ils vont me montrer du doigt, me calomnier, me médire, me maudire. Tu sais qu’ils vont me harceler, me persécuter, me violer, me déchirer ! Qui va me protéger des loups de la ville ; ces loups en cravate, ces monstres, parfumés, ces ogres bien habillés, ces frustrés civilisés ? Une veuve est une proie facile pour les prédateurs, les vautours sans cœur, les échassiers sans pitié. Ne me laisse pas seule dans cette jungle ! Je n’ai ni la force ni les armes pour me défendre. Sans toi, je suis frêle, fragile et vulnérable. Seule, je mourrai, ne me laisse pas seul ! J’ai peur.
…Inerte. Étendu sur le dos. Il ne branche pas. Il ne réagit pas. Il ne répond pas. Statue de marbre indifférente et inébranlable…Elle est épuisée, exténuée, vidée, désespérée. Elle regarde par la fenêtre. Elle ne sent rien. Pourtant la vie est là, si belle, si sublime, si merveilleuse : la lumière, les arbres, le vent, les oiseaux, les insectes, les fleurs, le soleil, le ciel, la terre, les choses et les êtres…Elles a envie de mourir ici et maintenant ; qu’on en finisse, une fois pour toutes !…La porte s’ouvre. Une infirmière l’informe que le temps de la visite est écoulé, la priant de sortir…Elle marche dans la rue, seule, indifférente aux êtres et aux choses…Elle arrive chez elle. Ce n’est plus chez elle depuis qu’il n’est plus là avec elle, depuis le jour de ce maudit accident. Ce chauffard en état d’ivresse qui avait écrasé son mari sur le trottoir. Peut-elle pardonner ?
…Comme un automate, elle réchauffe le repas, met la table, regarde ses deux enfants et le chien manger. Elle n’a rien mangé de toute la journée. Elle n’a pas faim. Aucun appétit. Elle a considérablement maigri. Elle ne mange presque plus. Elle ne dort presque plus. Elle se consume chaque jour un peu plus…Elle allume machinalement la télé, ne la regarde pas. Elle feuillette une revue, ne la lit pas. Elle reste là, pensive, sans rien faire…Les enfants se chamaillent, faisant un boucan d’enfer. Elle ne les entend pas. Le chien aboie, voulant sortir. Elle ne l’entend pas. Elle ne fait plus partie du présent. Même l’espace lui paraît étrange et étranger. Est-elle réellement chez elle ? Est-elle vraiment dans ce monde ou dans un monde parallèle ? Où est-elle ? Qui est-elle ?
…Le téléphone sonne, la réveillant de sa torpeur. Elle sursaute de peur…Elle soulève le combiné. C’est l’hôpital. Une voix de femme parle : Son mari est sorti du coma. Il vient d’ouvrir les yeux. Il revient à la vie…Elle raccroche. Elle sort, Elle court, court comme une folle. Folle de joie, elle veut voler. Elle a des ailes. Elle vole.
…Inerte. Allongé sur son lit blanc, le malade dévisage d’un air craintif et stupéfait cet homme et ces deux femmes tout de blanc vêtus qui lui sourient avec tendresse et affection. Est-il au paradis parmi les anges et les houris? …Elle ouvre la porte de la chambre. Elle entre en tremblant de tout son être ruisselant de sueur, le cœur battant à cent à l’heure. Elle s’approche lentement du lit, hésitante, troublée et émue aux larmes…L’homme la regarde se pencher sur lui, lui prendre la main et l’embrasser tendrement, langoureusement sur le front. Il ne montre aucun signe de joie. Froid comme le marbre, il la dévisage longuement et, après un long silence mortel, lui dit:
« Qui êtes-vous, madame ? »
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Agadir, le 26/4/2012Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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