-
Sujet
-
Je veux parler de ma ville,
du peuple fatigué qui arpente ses rues venteuses,
qui a les yeux plus mouillés que les pluies venues de l’ouest,
ils y travaillent du matin jusqu’au soir
dans des arsenaux affamés de chairs et de sueurs,
ils marchent nus et sans honneur
contre les étaux qui étreignent leurs coeurs,
je veux parler de ma ville,
de ces commerçants qui vendent le passé
aux visiteurs venus piller les restes du vent,
de ces vendeurs de marrons chauds qui l’hiver
restent des heures à s’égosiller dans le vent froid
maudissant le regard anonyme des passants,
de ces boulangères levées à l’aube
qui sourient en vendant des croissants chauds
à des clients devenus des étrangers de leur propres familles,
Je veux parler de ma ville,
de ses rues sauvages aux parfums de sels lointains
de ses marins russes, américains, indiens
aux yeux purifiés par le voyage,
de ses vagabonds faisant l’aumone avec leurs chiens maltraités,
de ses playboys en chemisette qui sortent leurs lunettes de soleil
au moindre rayon traversant l’obscurité de mai,
je veux parler de ma ville,
de son ciel changeant comme une boussole perdue,
de ses plages à la beauté antique et pure,
de ses mouettes aux cris rassurants ou crispants,
de son port militaire où meurent de trop vieux cuirassés,
des frégates cuivrées par la rougeur des soleil couchants,
je veux parler de ma ville
comme d’un supplice ineffable aux autres villes modernes,
d’une ville enlaidie par la guerre et les remords,
une ville identique au refus d’être aimée
qui cultive son âme comme un dernier jardin
près de l’océan gigantesque qui s’invite à son destin…
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.

[img]http://img4.hosting...