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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne
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Dans la chambre de Marianne
voilages de sud et de gaze
abondent d’un rose élixir
et les autres pièces de sa maison
ouvertes comme des soifs cardinales*
Deux bleus de nuit pour la symbiose du ciel et de la mer
une blancheur isocèle témoignant une voile
la traversée gouachée sur la boîte d’allumettes
partage parfois ses fanaux
avec les rivages du bain
au sein de féales étoiles de verre*
Devant les essais les romans
les sommes qui épanchent l’histoire des Hommes
un visage en noir et blanc
sentinelle du sourire à l’angle d’un rayon
et mille alphabets impuissants
à nommer cette présence de la mère*
Trois paniers surmontent une armoire
immobiles de la récolte des heures
et par degré leurs anses tressées
découvrent l’arceau des passages*
Une lanterne suspendue
au flamboyant pêle-mêle du salon
tout le grand pleur
des transparentes aubes d’ascèse
qui perle et va coulant*
Dans l’étagère menuisée
à travers la patiente réunion des verres anciens
se déforment et fabulent
les visages des femmes tristes
qu’aquarellait d’année en année
la grande amie d’outre-mer*
Vêtement de carmin oublié
ces plis d’un soyeux nonchaloir
au-dessous de Venise impressionniste
bleu cyan de reflets et d’ogives ajourée
du temps que de canal en canal
un musée l’approchait de la rêveuse*
À côté du falot où luit désormais
le trésor de cailloux des apaisantes promenades
un ange mutilé va se renversant sur le dos
sans cesser d’étreindre sa corbeille de fruits cendreux
dans le double nimbe d’ocre et d’argent
que lui fait l’empilage du balcon sans âge*
Portrait de femme sur le piano
la musique silhouettée de jeunesse
monte à travers le palissandre
chevelure allégro vivace
grands yeux nocturnes*
Lorsque la maison s’ouvre à l’odyssée de l’air
les cartes postales vont arlequinant le sol
des Indiennes apothéosent le cortège d’un tympan gothique
un angle de sayon débleuit une mer
une enfant musicale survole un éclat manuscrit
Rocamadour s’avitaille au poissonneux verger*
Les foulards de Marianne emportent l’entrée
mais dans les patères de bois cannelle
de jeunes vivants à son image
leurs cous de neige et de rose éployés
dominent les cascatelles
des années multiformes et polychromes*
Et s’allument les reliures
ce mot de florilège bouturé par l’aurore
les corolles qui depuis peu les effleurent
la nuit les a effeuillées
au pied des rayons sur les arabesques du tapis
empreintes roses d’un voleur de poèmes*
Épanchements diaphanes
orangé jaune et blanc du rideau
dans son silencieux incendie
les matins sceptiques
midi qui désaime
et les soirs moroses*
Fioles et flacons
eaux lilas et flavescentes
sur leur assiette de vermeil
une petite cité odore l’imaginaire
au-dessous du reflet des yeux migrateurs*
Apprivoiseurs au crochet dans un baroque losange
un jeune archer distance son arc
de l’oiseau qui se ravive au creux de sa main
le ciel se recompose en l’amitié des ailes
et sur le carrelage bleu de la salle d’eau
la dernière flèche a fait couler la lumière*
Verts céladon bleus du frêle
blancs enfance des ombres
pour la neige de l’orée virginale et l’arc léger d’un lac
pour la guipure d’un bois et l’éploiement d’un ciel
les paysages dont s’éprit Marianne
fenêtrent le silence*
Le dessin de l’enfant Luna
atemporel sur la porte blanche
d’obliques monochromes silhouettes fleurissantes
peuplent l’orage des géodésies natives
y butine un papillon de rhodoïd micacé
qu’ocellent des larmes d’or*
Arbre qui ramifie le ciel
et fragmente aurores et crépuscules
close la croisée sait recoudre
tes morceaux de tempête*
À l’un des miroitements qui cloutent l’armoire amarante
se ficelle encore la rose
sa corolle sèche regardant vers le bas
et d’artistes bougies accotant à sa tige leur effilement
pour cette gerbe des flammes qui tergiversèrent*
Livre d’images sur la table de verre
des couleurs chaudes et naïves racontent un hôpital
mais capricieusement le voisine la transparence
jusqu’au tapis natté de grège et d’infini
qu’à son gré l’enfant Louise constelle
de toute la monnaie factice de son jeu*
Menues reliures de toile colligeant des fleurs de poésie
la gradation de leurs dos insolés
de la couleur des millepertuis à la couleur des lavandes
secret escalier
menant du poème au sommeil
et du sommeil à la fugue irisée des pollens*
Caule tilleul et flexueuse sur la paroi
chandelier noir s’évadant des lignes du plancher
la corolle et la bougie aspirent l’une à l’autre
pour se réunir en le rouge
que n’épuisent plus ni éphémère ni flamme*
Au pied des tempos suspendus
dans l’aurifique mélancolieuse d’un flou désir d’horloge
des coquillages se sont frayé
le chemin d’effleurer une coupelle d’agates
où toutes les couleurs des mers
reposent l’une contre l’autre*
Aux craies de couleurs clairant dans leur coffret
les doigts ardent d’empoussiérer leurs pulpes
et de lundi en lundi pellucide
le temps se marbre parmi l’enfant Louise
qui de nébuleuses en libellules minimise
la noire vacance du tableauTradescantia
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