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MALALA YOUSAFZAÏ
La salle est bondée. L’héroïne du jour vient de terminer sa conférence. Les applaudissements tardent à se calmer. La jeune fille, icône de l’émancipation des femmes au Pakistan, salue et remercie. Le temps des questions est ouvert, mais réservé aux pros de l’information.
Elle est très entourée : Journalistes, représentants d’associations et politiques de tout poil, sans oublier la jet dans le vent qui se doit de s’afficher avec Malala dans le champ des objectifs et des flashs crépitants. Je suis là à titre privé.
Patience, patience, je patiente jusqu’au cocktail, moment propice pour l’approcher et échanger sur un plan plus personnel, peut-être même intime. C’est en effet l’objectif que je me suis fixé. Un concours de circonstance, cadeau du ciel, me permet d’arriver à mes fins. La jeune fille, sans doute fatiguée par l’épreuve que constitue ce genre d’évènement, a un moment de faiblesse. On se précipite pour l’isoler dans un salon adjacent à la grande salle.
La couleur de mon blouson fait méprise et je suis englobée dans le staff. On la réconforte et lui prodigue quelques soins. Elle reprend des couleurs. Je suis impressionnée par l’apparence fragile de cette jeune personne, par ailleurs capable et volontaire face à l’adversité haineuse rencontrée dans son pays. Même ici, elle doit être protégée.
Je m’assois près d’elle, ange gardien ou démon de la curiosité ? Non, cette femme m’émeut au-delà du raisonnable. Ça va mieux ? Mon anglais me trahit, éveille sa curiosité : oui, Bernadette Dumont, je suis écrivain, française ? Nous entamons doucement la conversation.
Sur un signe d’elle, on nous laisse tranquilles. Le courant passe, je suis en empathie. Je me fais la promesse de ne rien dire ni écrire sur ce que nous nous disons : muette je serai. Tout a une fin, on l’attend. Je lui redis mon admiration, mon respect et le souhait de lui apporter mon soutien actif, voire militant.
Je vais sérieusement y réfléchir. Ma carte dans sa main. Nous nous embrassons. Elle ne s’appartient plus, symbole et égérie de sa cause.
Une jeune fille ? Que non : une grande dame.Parceval
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