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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne
je les avais patiemment, longuement, opiniâtrement ouvragées, chantournées, patinées, ces heures, ces matinées, ces journées sans emploi, sans contrats, sans société réflexe, et à l’intérieur d’une petite église si infréquentée qu’elle semblait invisible à tout autre que moi, j’avais désormais le secret de venir m’asseoir parmi les réfléchissements versicolores des vitraux. Certains renvoyaient véritablement une couleur de sang, un sang non pas épanché, versé, répandu, non pas la fulgurale effusion, non pas le cruor, mais le sanguis, un sang parsemé sans violence, sans sentiment d’éclaboussement goujat, un sang très lumineux, comme une leucémie fée, un sang très calme, comme une robustesse accomplie, un sang délivré de l’anecdote de la systole, émancipé de la rubrique du myocarde, un sang épousant les arêtes et les angles des bancs de bois, clairsemant pour trésors des immatérialités de boîtes et de coffrets exhaustifs, sans couvercles, sans serrures, sans durées, un sang auquel la planète et l’étoile, au paroxysme de leur connivence, imprimaient un mouvement flâné et la métamorphose qui relaie la disparition
Extrait du Journal poétique de la Jeune leucémique des lisières
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