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Poème partagé par coburit – création poétique en ligne
La poésie se vendait aux mètres au marché Saint Pierre
Entre les ballots de cotons et les pacotilles dorées ,
Les clients avaient un air étrange devant les feuillets,
Comment choisir dans cet indigeste annuaire.Fallait il écouter les conseils du bonimenteur
Armé de son ciseau à découper les vers,
Il étirait les rouleaux depuis de hautes étagères
Offrant au hasard des rimes aux lecteurs.Les enfants se baissaient pour ramasser les miettes,
Dans de jolis classeurs ils colleraient les mots,
Découvrant les joies du cadavre exquis aussitôt
Rentrés dans leurs chambres proprettes.A l’abri des familles bruyantes quelques amateurs
Se dirigeaient vers les combles éclairés
Par de vieilles lampes à pétrole cherchant leurs bonheurs
Dans des vieux cahiers remplis de rimes illuminées.Parfois leurs mains tremblaient en lisant le nom de l’auteur ,
ON chuchotait les noms d’Aragon , de Prévert,
Les plus fiévreux rêvaient à des incunables de Baudelaire,
Pour une strophe on se lançait dans une guerre pleine d’honneur.Les jeunes vendeurs tendaient aux belligérants
De lourdes épées de duel , à eux de s’ embrocher
la bedaine avec un joyeux allant ,
Plutôt la mort que de se laisser voler.Je ne fréquente guère ces boutiques lunatiques ,
La poésie aux mètres ce n’est pas si pratique,
Je leur préfère les douces librairies de Saint Germain
Leurs jeunes étudiantes et leurs douces mains.Dans l’usure de l’Automne , elles m’offraient un recueil ,
M’offrant un doux printemps prés d’un tilleul ,
M’éblouissant de leurs lèvres vermeilles
Me chuchotant de doctes conseils.Au Luxembourg assis sur un banc entouré de corneilles,
Le recueil à la main je prends gentiment le soleil ,
Quand l’envie me prend je sors mon carnet vert
Jetant sur ses âges quelques dizaines de vers.Je repense alors au marché Saint Pierre
A ma jeunesse et aux cadavres exquis
Que je m’appliquais chaque nuit
A coller sur mes cahiers d’écolier.
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