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Poème partagé par Palmier – création poétique en ligne
[b][size=x-large]Villes[/size][/b]
Des toits à l’infini, des toits à tire d’aile,
Des cache miséreux, sous des vols d’hirondelles,
Voilà ce que l’on voit par dessus l’horizon
Des villes écrasées du poids de leurs maisons.
Des tuiles, de l’ardoise ou du chaume qu’importe,
Ces couvercles de vie, fermés comme des portes
Etouffent sous leur poids des amours finissants
Et laissent macérer les rêves des enfants.
Lorsque pèse la nuit sur ces mornes étuves
Où fermente l’espoir comme dans une cuve,
On entend s’exhaler cette sourde clameur
Qui monte du béton en de longues rumeurs.
On entend digérer ce ventre gigantesque
On entend gargouiller ces tripailles dantesques,
Et les gaz s’échappant de cette digestion
Intoxiquent le ciel d’immenses pollutions.
Cela grouille, ça pue, ça se désentripaille,
Ça hurle et ça rugit comme un champ de bataille,
Ça chante à pleine voix des chansons à pleurer
Et ça pleure toujours quand il faudrait chanter.
La ville aux toits pesants abrite des misères
Bien pire que la vie des plus pauvres chaumières.
Elle n’a jamais eu la moindre mélodie
Pour dorlotter d’amour la haine et l’avanie.
Elle exhibe le Pauvre, elle en fait étalage.
Ça met de la couleur dans les rues, les garages,
Sous les arches des ponts où le vent écoeuré
Soupire de les voir en loques, esseulés…
La ville s’est grimée pour cacher ses misères
De milliers de lampions, de milliers de lumières.
La nuit on voit de loin parader les néons
Et l’on sait bien pourtant qu’au delà des flonflons,
Qu’au dessous du vernis qui éclate en fanfare
Il n’y a rien de plus qu’une immense bagarre,
Une jungle où chacun, des griffes et des dents
Se bat jour après jour rien que pour de l’argent…C’est pourquoi quand je vais par hasard dans les villes,
Je songe sans arrêt à des ailleurs tranquilles,
A des serres sereins et apaisés d’azur,
Aux vieux mas écroulés qui dorment sous leurs murs,
A mes vieux châtaigniers qui crèvent en silence
Mais avec dignité, avec de la décence.
Je songe que la nuit est plus belle, je crois,
Lorsqu’on entend chanter le soir au fond des bois
Le rossignol ému qui strille sa complainte,
La hulotte chenue qui chuinte sa plainte,
Et couiner le renard qui prend la poule au nid,
Lorsque la lune vient, de son clin d’oeil jauni,
Poser un reflet d’or sur ma vieille fenêtre,
Et un baiser furtif sur ma tête d’ancêtre…Avec mes amitiesAlain
Pour voir mon site : Mes vers a moi
""Les tambours de la solitude eveillent, aux frontieres de l'exil, l'Eternite qui baille sur les sables."""
(Saint John Perse)
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