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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne
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À l’entrée du village, en venant par l’ouest, l’une des toutes premières maisons qui paraît est presque centenaire. Bien que j’aie passé plusieurs mois dans la chambre 24 de l’hôtel qui l’avoisine, je ne sais pas si elle est habitée et tiens à l’ignorer toujours. Certains signes de présence récurrente, tels ces carreaux nués de parme soudain ou de la soierie d’une inflexion de voix, suffisent aux appétences de mon imagination.
La façade qui donne sur la route principale commence en blanc granuleux et se termine en larges bandes de bois brun foncé. Cette seconde moitié plus près du ciel est parsemée d’étoiles déclinant toutes les délicatesses pastel, qui semblent continûment s’effuser d’une demi-lune rivée telle une estafilade de chair argentine.2
La tempête vespérale a brisé deux grands arbres. Précisément le premier et le dernier de cette longue file sinueuse où venait se mêler presque chaque jour la musarderie de ma promenade. Le bois ainsi éventré laisse voir comme une immémoriale ruine de safran pâle où féeriquement égarer ses illusions. Il manquera désormais de la musique dans le vent graduel des feuillages. Il manquera désormais Myriam, congédiée par le goujat, parmi la symphonie de l’hôtel où écrire son lieu intime.
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Elle se souvenait très précisément de la hauteur à laquelle, sur le fût, la lumière se séparait alors de l’ombre
et c’est exactement là que l’arbre avait été brisé par la tempête nocturneet la partie qui fut celle de l’ombre gisait maintenant dans le pré, ses frondaisons transfixant la lisière pour s’ensoleiller
et la partie qui fut celle de la lumière se dressait, fascinatoire verticale, insaisissable aigu pluriel, latente flavescence d’une architecture enténébrée
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À quelques mètres de l’orée, d’harmonieuses suites de hauts arbres suggéraient des allées que j’empruntais souvent. Entre deux de ces troncs, un vouloir de cercle proposait un bouquet de papillons et de fleurs parme, blanc, soufré, rose, turquoise, orangé, mauve. La brise agitant les pétales, et les ailes remuant, voletant sans cesse d’un épanouissement à l’autre, le bouquet paraissait être le continu de l’imminence d’un départ munificent, tout en sollicitant infatigablement sa composition idéale.
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Le triangle que la lucarne entrebâillée meut
allume tour à tour les trois petits bouquets que Myriam avait composés au retour de cette escapade utopienne et durée qu’elle désira tant faire seulegagnées par l’un des angles
les extrémités de deux allumettes d’oubliance noircissent encore davantage
et assermentent les fusains des évocations sépulcralesvêtue de sa nuisette liliale Myriam les aura craquées de toute cette foi sans paroles en l’épiphanie des fleurs au vase de l’insomnie
un débord d’eau scintille
et à travers la transparence qu’il épaissit en perle
si lucidement brasillent les bracelets par où le diaphane des poignets serpentés de bleu effusa6
Les adieux à la Chambre 24
si rêche au pied nu
sur le tapis de la chambre
la trace acuminée
véhémentement darde
le voeu de disparaître
comme de rejoindrele bois patiné du poisson flavesce
pour une presque nage
s’affranchissant de la prise losangéec’est qu’un ponant encore une fois
se dédie à la lucarne entrebâilléedes trigones et des cercles allument
les reflets de ses safranspour que soient mués leurs crucifiés
les fleurs prasines de la tapisserie
s’y inventent des pénétrations radicalesj’aplombe mon impéritie
à la cueillaison fée
qui les eût sauvées du ravir crépusculintout le bouquet pour Myriam adieusée
comme évanescentesi albâtre mon pied
poudroyé par l’aiguque fige une ténèbre
plus grave que les nuitsTradescantia
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