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Les proses poétiques de Myriam

  • Ce sujet contient 4 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoTradescantia, le 15-08-2022 02:01.
  • Créateur
    Sujet
  • #2695254
    Plume d'or
    ★★★★☆☆
    Avatar photoTradescantia
    Membre Oasis
      • Sujet: 480
      • Réponses: 1116

      Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne

      1

      À l’entrée du village, en venant par l’ouest, l’une des toutes premières maisons qui paraît est presque centenaire. Bien que j’aie passé plusieurs mois dans la chambre 24 de l’hôtel qui l’avoisine, je ne sais pas si elle est habitée et tiens à l’ignorer toujours. Certains signes de présence récurrente, tels ces carreaux nués de parme soudain ou de la soierie d’une inflexion de voix, suffisent aux appétences de mon imagination.
      La façade qui donne sur la route principale commence en blanc granuleux et se termine en larges bandes de bois brun foncé. Cette seconde moitié plus près du ciel est parsemée d’étoiles déclinant toutes les délicatesses pastel, qui semblent continûment s’effuser d’une demi-lune rivée telle une estafilade de chair argentine.

      2

      La tempête vespérale a brisé deux grands arbres. Précisément le premier et le dernier de cette longue file sinueuse où venait se mêler presque chaque jour la musarderie de ma promenade. Le bois ainsi éventré laisse voir comme une immémoriale ruine de safran pâle où féeriquement égarer ses illusions. Il manquera désormais de la musique dans le vent graduel des feuillages. Il manquera désormais Myriam, congédiée par le goujat, parmi la symphonie de l’hôtel où écrire son lieu intime.

      3

      Elle se souvenait très précisément de la hauteur à laquelle, sur le fût, la lumière se séparait alors de l’ombre
      et c’est exactement là que l’arbre avait été brisé par la tempête nocturne

      et la partie qui fut celle de l’ombre gisait maintenant dans le pré, ses frondaisons transfixant la lisière pour s’ensoleiller

      et la partie qui fut celle de la lumière se dressait, fascinatoire verticale, insaisissable aigu pluriel, latente flavescence d’une architecture enténébrée

      4

      À quelques mètres de l’orée, d’harmonieuses suites de hauts arbres suggéraient des allées que j’empruntais souvent. Entre deux de ces troncs, un vouloir de cercle proposait un bouquet de papillons et de fleurs parme, blanc, soufré, rose, turquoise, orangé, mauve. La brise agitant les pétales, et les ailes remuant, voletant sans cesse d’un épanouissement à l’autre, le bouquet paraissait être le continu de l’imminence d’un départ munificent, tout en sollicitant infatigablement sa composition idéale.

      5

      Le triangle que la lucarne entrebâillée meut
      allume tour à tour les trois petits bouquets que Myriam avait composés au retour de cette escapade utopienne et durée qu’elle désira tant faire seule

      gagnées par l’un des angles
      les extrémités de deux allumettes d’oubliance noircissent encore davantage
      et assermentent les fusains des évocations sépulcrales

      vêtue de sa nuisette liliale Myriam les aura craquées de toute cette foi sans paroles en l’épiphanie des fleurs au vase de l’insomnie

      un débord d’eau scintille
      et à travers la transparence qu’il épaissit en perle
      si lucidement brasillent les bracelets par où le diaphane des poignets serpentés de bleu effusa

      6

      Les adieux à la Chambre 24

      si rêche au pied nu
      sur le tapis de la chambre
      la trace acuminée
      véhémentement darde
      le voeu de disparaître
      comme de rejoindre

      le bois patiné du poisson flavesce
      pour une presque nage
      s’affranchissant de la prise losangée

      c’est qu’un ponant encore une fois
      se dédie à la lucarne entrebâillée

      des trigones et des cercles allument
      les reflets de ses safrans

      pour que soient mués leurs crucifiés
      les fleurs prasines de la tapisserie
      s’y inventent des pénétrations radicales

      j’aplombe mon impéritie
      à la cueillaison fée
      qui les eût sauvées du ravir crépusculin

      tout le bouquet pour Myriam adieusée
      comme évanescente

      si albâtre mon pied
      poudroyé par l’aigu

      que fige une ténèbre
      plus grave que les nuits

      Tradescantia

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    • Auteur
      Réponses
      • #3394564
        Mascotte d'Oasis
        Avatar photoislander
        Membre Oasis
          • Sujet: 8962
          • Réponses: 96824

          belle et touchante poésie, j’adore la « chute »

          yann

        • #3394578
          Mascotte d'Oasis
          Avatar photodolores
          Membre Oasis
            • Sujet: 5309
            • Réponses: 62919

            Bonjour Tradescantia,

            Une prose touchante un plaisir à lire
            Belle journée
            Bon dimanche amitiés

          • #3394596
            Administratrice
            Avatar photoSybilla
            Maître des clés
              • Sujet: 17854
              • Réponses: 198274

              Bonjour Tradescantia,

              Tu as cette fois-ci modifié ta façon de t’exprimer et c’est tout aussi touchant et émotionnel toutes ces images transmises en ta belle poésie émouvante !

              Belle journée cher ami poète !
              Toutes mes amitiés
              Sybilla

              Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
            • #3394720
              Plume d'or
              ★★★★☆☆
              Avatar photoTradescantia
              Membre Oasis
                • Sujet: 480
                • Réponses: 1116

                Bonjour,

                Quel choc soudain, lorsque je me suis approché de la fontaine à laquelle j’avais confié durant quelques jours un pétale avant de le récupérer, et que j’ai découvert que non seulement l’eau ne coulait plus, mais encore qu’il n’y en avait plus la moindre goutte dans le bassin, exposant au soleil écrasant la béance de sa vieille pierre jaune et grise. Je prends conscience de manière encore un peu plus aiguë de la sécheresse qui accable partout. Je songe aux voyages imaginaires du pétale rose : sa nacelle, peut-être cherchait-elle des sources d’eau nouvelles, naturelles, affranchies des calculs de l’Homme ? … Peut-être cherchait-elle un moyen, une méthode, un mode de vie lointain qui aurait appris à vivre en harmonie avec cette Terre du Ciel et son miraculeux liquide ?

                . . . . . . . .

                À vous qui avez lu quelque chose des proses mélancoliques de Myriam, à vous qui avez déposé quelques mots lumineux, des graines d’interprétation, à vous tout un bouquet multicolore de Gratitude ! …

                La journée vous soit rayonnante et transportante ! …

                Tradescantia

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