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Poème partagé par jean-nol – création poétique en ligne

La supplique de Madame Chardin.
———————————-T’exagère, Jean-Siméon,
Cela fait trois mois que tu encombres le salon,
Prendre cette sale gueule de raie comme modèle,
Franchement, tu ne fais pas dans la dentelle !
Regarde même le chat n’en veut pas !
Et elle effraye les enfants, je n’n’y crois pas !Pas la peine de nous la rabâcher, ta composition,
On a compris : le vivant à gauche, chat et huîtres,
L’inanimé à droite : mon pichet et mes marmites,
Mais pourquoi, entre les deux, ce poisson en décomposition !Sans compter que les voisines nous tournent le dos,
Pas question d’inviter, ne serait ce que pour le thé,
Quelle infection ! et cette manie du détail idiot,
Tu peins trop lentement, mon vieux mari, quelle débilité !Tare à ta raie !
Et à ce tas d(huîtres pourries !
Mais presse donc un peu tes pinceaux !
Et je t’en supplie, aère !Cela ne m’étonne pas que ta première femme soit morte,
Et ta fille, quoi enlevée par les pirates ! : elle s’est fait la belle,
Je ne sais pas moi, peins nous des belles natures mortes,
Des fleurs. Mais fous moi cette bestiole à la poubelle !C’est compris, Jean-Siméon !
Je ne voudrais pas avoir à te le redire !
Vire moi vite ce poisson,
Et n’essaie pas de me contredire.————————————————
Illustration : La raie de Jean-Siméon Chardin 1728/
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