-
Sujet
-
Le vieux calvaire
Planté là, au croisement des routes et des vents
Un spectre de pierre et de fer, carcasse de foi rouillée
Le vieux calvaire, témoin des siècles et des vivants
Regarde l’horizon, de sa hauteur souilléeSes bras ouverts embrassent l’infini univers
Où passent les hommes et les corbillards
Le Christ de pierre dans sa vie, en a eu moult de revers
Saigne une larme de sève, un jour gris et de brouillardIl a vu passer les troupes, la boue et le canon
Les pas lourds des soldats, partant faire la guerre
Il entend aujourd’hui, l’écho de leurs noms
Leurs ombres le survolent, des souvenirs de naguèreSentinelle immobile, au cœur de la tourmente
Il subit l’érosion, mais reste enraciné
Le temps mange son corps, la lèpre le tourmente
Mais le monument tient, le front haut, obstiné !Le Ressuscité
Cloué sur le zinc, au doux son des mitrailles
Un moignon de plomb, une échine fracassée
Le vieux crucifix, rescapé des entrailles
Regarde dans un miroir, sa gueule casséeSon flanc déchiré par l’éclat de l’obus
Où s’incruste la terre et le sang des tranchées
Le Christ de fonte, au milieu des rebuts
Saigne un jus d’oxyde, sur les chairs hachéesIl a vu l’enfer, le phosphore et le râle
Les hommes s’entretuer, cherchant un dernier souffle
Il entend aujourd’hui, le silence spectral
De la terre grasse, où la mort s’emmitoufleRelique de douille, au cœur de la ferraille
Il subit l’oubli des combats, mais reste vertical
Le temps ronge ses clous, la rouille est sa médaille
Mais le débris tient bon, la guerre n’a rien d’amical !
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
