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Poème partagé par Selenia – création poétique en ligne
NOËL POUR LA PREMIÈRE FOIS
Noël cruel
Simulacre d’un rituel
Aux marches des églises
Des mains se tendent
Spectacle odieux et silencieux
Sordide comédie
Des cœurs et des vies
AttendentLes commerces de luxe les nombreux étals
Comme une insulte une gifle une offense
Comme un non-sens
Nous crachent au visage les victuailles
Qui s’étalent
Tandis que passe un fou qui brailleLes bijoux enchâssés
Brillent de trompeurs reflets
Entourés de systèmes d’alarme
Et sans cesse au caniveau
Roule l’eau saleAu-dedans la chaleur
N’est pas celle des cœurs
Aux visages fermés les yeux sont clos
Aux lèvres sèches les sourires figés
Les mains serrant l’argent
Crispées
Ferment des vêtements
Couvrant des cœurs larvésEntre toi et moi mon amour
Brisons les barricades
Entre nous et l’amour
Arrachons ces voiles maussades
Il suffit d’un regard
D’un détour
Et coule au caniveau toujours
Une eau grise et maladeIl me revient de ces Noëls anciens
Noëls des souvenirs
Qui bientôt vont ternir
Sans famille et sans fête
L’attente est dans ma tête
Et sans trouver ma place
Mon cœur s’éteint ma vie s’efface
Je fuis comme d’obscures menaces
Les regards des miroirs
Et les reflets des glaces
Et sans laisser de trace
Je passe
Les éclats les éclairs
Des guirlandes des boules m’agacent
Je me blesse aux aiguilles des sapins
Les pics et les étoiles me lacèrent
La chair
Je baisse les paupières
Et c’est la veillée d’armes
Les bougies ont des larmesJ’attendais ton amour déjà
Ma vie entière
Ta main tendue vers moi
Pour franchir les frontières
Te voilà mon amour
Toi qui va m’apporter
La tendresse le refuge le baiser
Et ces bras qui m’entourent
Pour oublier les coups bas les rejets
Les brûlures des négations du moi
Et la nausée de ce dégoût de soi
Te voilà mon amour
Il ne reste que toiNoël
Dont la nuit quelquefois étincelle
Sur mes cheveux frémit le vent
Mes yeux de tendresse
S’assombrissent en caresses
Au-delà de l’espace
Je sais le courant passe
J’imagine un instant
En-deçà des rafales du temps
Cet intense moment de bonheur
Cette minute offerte
Ou le don de cette heure
Que tu m’apporteras
Lorsque tu seras làAux marches des églises
Les mains se tendent
Au fond de ma vie grise
Mes mains aussi se tendent
Et comme au caniveau
Déferle l’eau
Comme à la mer vont tous les fleuves
C’est mon trop-plein de vie
Ce sont mes espérances neuves
Par quoi brillent mes yeux
D’orpheline et de veuve
Qui toujours vers toi me meuvent
Sapant tous les barrages
Et vengeant les outragesEt moi brisée laminée je me dis
Il ne reste que toi
Parmi tous ces décombres
J’aperçois ton regard dans l’ombre
Vers toi je vais courir
Au bout d’une rue sombre
Aux marches des églises
Aux caniveaux d’eau grise
T’enlacer à genoux
Entendre ton cœur fou
Et pleurer dans tes bras
Comme si c’était Noël
Comme une vie nouvelle
Pour la première foisNoël 1992
Dépôt SCAM
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