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Poème partagé par Chanterelle – création poétique en ligne
Aveugle Poésie (en écho à son poème Mariage)
Tirésias, beau vieillard, tu t’approches dans le noir,
Et tu pressens déjà les flammes des miroirs,
Qui vont lécher bientôt les bras des encensoirs,
Dans leurs palais d’ébène et jade aux mille histoires.Les ombres des sciapodes* s’avancent aux mouroirs…
Malheur à vous, Ô nymphes et Sybilles* noires,
Qui plongèrent le bon roi dans un grand trou noir,
A la fontaine Hippocrène* par un beau soir !Malheur à toi chaste Athéna, belle d’ivoire
Jetant Tirésias, jeune encore à l’abattoir
Pour le condamner à jamais à l’isoloir.
Vois ces monstres sanglants, philistins* des trottoirs !Ô douce Chariclo* aux drapés bleus de moires,
Fille du vent, des cieux, des mers, de tout espoir,
Toi, sa mère, pria tant la déesse, qu’elle fit choire
Son cruel décret. Tes ouïes ? Tirésias *? TiroirsDeviendraient, pour ranger leurs appeaux dans le soir.
Tandis que tes yeux ? A jamais… Ô éteignoirs
De leurs crimes seraient… Ton cœur, lui ? Le ciboire
Eternel de vos larmes, nymphes… Sombre abreuvoir…01/06/2011
(1) Les Sciapodes ou Skiapodes (σκιαποδες en grec, littéralement « qui se font de l’ombre avec leurs pieds ») sont un peuple fantastique, évoqué par plusieurs poètes et historiens grecs de l’Antiquité, composé d’êtres possédant une jambe unique terminée par un pied gigantesque. Sa jambe permet à un sciapode de suivre à la course les animaux les plus rapides, et son pied lui sert de parasol pour se protéger du soleil.
Les sciapodes ont hanté l’imaginaire européen durant presque 2000 ans.( Flaubert. Odilon Redon.)(2) Les Sybilles sont les servantes de Cybèles, à l’origine ; En Grèce, elles deviennent les déesses d’Apollon, et prophétisent d’une manière plus libre et énigmatique que la Pythie, qui elle, est affiliée à un temple et devient la bouche de l’oracle institutionnalisé.
(3,5,6) Tirésias était un devin thébain, descendant de Evérès l’un des « hommes semés » par Cadmos.
Sa mère était la nymphe Chariclo, compagne favorite d’Athéna, et les deux amies aimaient volontiers se baigner nues dans une source du mont Hélicon, la fontaine Hippocrène, Un jour, le jeune Tirésias était à la chasse non loin d’un lieu de cette source et voulant sans doute rejoindre sa mère, il s’approcha et surprit Athéna dans le plus simple appareil. La déesse lui mit la main sur les yeux et Tirésias perdit la vue. Chariclo, lui reprocha sa cruauté envers son fils, alors Athéna lui expliqua que tout mortel, qui voyait un dieu contre sa volonté, devait perdre la vue. Pour le consoler, Athéna purifia les oreilles du jeune homme, ce qui lui permit comprendre le langage des oiseaux et, ainsi de deviner l’avenir.
Elle lui donna un bâton de cornouiller grâce auquel, il pouvait se diriger aussi bien que s’il avait des yeux. Enfin, elle lui accorda le privilège de vivre durant sept générations et même après sa mort son don de voyance persisterait.(4) Philistins : Peuple des mers du Nord hostiles à l’Egypte et dont la conquête s’étant du 12ème au 2ème siècle av. J-C.
"Ni le po?te, ni personne d'ailleurs, ne poss?de la clef ou le secret du monde, je veux ?tre bon." Federico GARCIA LORCA
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