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La Maison de Marianne

  • Ce sujet contient 7 réponses, 5 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoTradescantia, le 22-05-2022 02:45.
  • Créateur
    Sujet
  • #2693177
    Plume d'or
    ★★★★☆☆
    Avatar photoTradescantia
    Membre Oasis
      • Sujet: 480
      • Réponses: 1116

      Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne

      *

      Dans la chambre de Marianne
      voilages de sud et de gaze
      abondent d’un rose élixir
      et les autres pièces de sa maison
      ouvertes comme des soifs cardinales

      *

      Deux bleus de nuit pour la symbiose du ciel et de la mer
      une blancheur isocèle témoignant une voile
      la traversée gouachée sur la boîte d’allumettes
      partage parfois ses fanaux
      avec les rivages du bain
      au sein de féales étoiles de verre

      *

      Devant les essais les romans
      les sommes qui épanchent l’histoire des Hommes
      un visage en noir et blanc
      sentinelle du sourire à l’angle d’un rayon
      et mille alphabets impuissants
      à nommer cette présence de la mère

      *

      Trois paniers surmontent une armoire
      immobiles de la récolte des heures
      et par degré leurs anses tressées
      découvrent l’arceau des passages

      *

      Une lanterne suspendue
      au flamboyant pêle-mêle du salon
      tout le grand pleur
      des transparentes aubes d’ascèse
      qui perle et va coulant

      *

      Dans l’étagère menuisée
      à travers la patiente réunion des verres anciens
      se déforment et fabulent
      les visages des femmes tristes
      qu’aquarellait d’année en année
      la grande amie d’outre-mer

      *

      Vêtement de carmin oublié
      ces plis d’un soyeux nonchaloir
      au-dessous de Venise impressionniste
      bleu cyan de reflets et d’ogives ajourée
      du temps que de canal en canal
      un musée l’approchait de la rêveuse

      *

      À côté du falot où luit désormais
      le trésor de cailloux des apaisantes promenades
      un ange mutilé va se renversant sur le dos
      sans cesser d’étreindre sa corbeille de fruits cendreux
      dans le double nimbe d’ocre et d’argent
      que lui fait l’empilage du balcon sans âge

      *

      Portrait de femme sur le piano
      la musique silhouettée de jeunesse
      monte à travers le palissandre
      chevelure allégro vivace
      grands yeux nocturnes

      *

      Lorsque la maison s’ouvre à l’odyssée de l’air
      les cartes postales vont arlequinant le sol
      des Indiennes apothéosent le cortège d’un tympan gothique
      un angle de sayon débleuit une mer
      une enfant musicale survole un éclat manuscrit
      Rocamadour s’avitaille au poissonneux verger

      *

      Les foulards de Marianne emportent l’entrée
      mais dans les patères de bois cannelle
      de jeunes vivants à son image
      leurs cous de neige et de rose éployés
      dominent les cascatelles
      des années multiformes et polychromes

      *

      Et s’allument les reliures
      ce mot de florilège bouturé par l’aurore
      les corolles qui depuis peu les effleurent
      la nuit les a effeuillées
      au pied des rayons sur les arabesques du tapis
      empreintes roses d’un voleur de poèmes

      *

      Épanchements diaphanes
      orangé jaune et blanc du rideau
      dans son silencieux incendie
      les matins sceptiques
      midi qui désaime
      et les soirs moroses

      *

      Fioles et flacons
      eaux lilas et flavescentes
      sur leur assiette de vermeil
      une petite cité odore l’imaginaire
      au-dessous du reflet des yeux migrateurs

      *

      Apprivoiseurs au crochet dans un baroque losange
      un jeune archer distance son arc
      de l’oiseau qui se ravive au creux de sa main
      le ciel se recompose en l’amitié des ailes
      et sur le carrelage bleu de la salle d’eau
      la dernière flèche a fait couler la lumière

      *

      Verts céladon bleus du frêle
      blancs enfance des ombres
      pour la neige de l’orée virginale et l’arc léger d’un lac
      pour la guipure d’un bois et l’éploiement d’un ciel
      les paysages dont s’éprit Marianne
      fenêtrent le silence

      *

      Le dessin de l’enfant Luna
      atemporel sur la porte blanche
      d’obliques monochromes silhouettes fleurissantes
      peuplent l’orage des géodésies natives
      y butine un papillon de rhodoïd micacé
      qu’ocellent des larmes d’or

      *

      Arbre qui ramifie le ciel
      et fragmente aurores et crépuscules
      close la croisée sait recoudre
      tes morceaux de tempête

      *

      À l’un des miroitements qui cloutent l’armoire amarante
      se ficelle encore la rose
      sa corolle sèche regardant vers le bas
      et d’artistes bougies accotant à sa tige leur effilement
      pour cette gerbe des flammes qui tergiversèrent

      *

      Livre d’images sur la table de verre
      des couleurs chaudes et naïves racontent un hôpital
      mais capricieusement le voisine la transparence
      jusqu’au tapis natté de grège et d’infini
      qu’à son gré l’enfant Louise constelle
      de toute la monnaie factice de son jeu

      *

      Menues reliures de toile colligeant des fleurs de poésie
      la gradation de leurs dos insolés
      de la couleur des millepertuis à la couleur des lavandes
      secret escalier
      menant du poème au sommeil
      et du sommeil à la fugue irisée des pollens

      *

      Caule tilleul et flexueuse sur la paroi
      chandelier noir s’évadant des lignes du plancher
      la corolle et la bougie aspirent l’une à l’autre
      pour se réunir en le rouge
      que n’épuisent plus ni éphémère ni flamme

      *

      Au pied des tempos suspendus
      dans l’aurifique mélancolieuse d’un flou désir d’horloge
      des coquillages se sont frayé
      le chemin d’effleurer une coupelle d’agates
      où toutes les couleurs des mers
      reposent l’une contre l’autre

      *

      Aux craies de couleurs clairant dans leur coffret
      les doigts ardent d’empoussiérer leurs pulpes
      et de lundi en lundi pellucide
      le temps se marbre parmi l’enfant Louise
      qui de nébuleuses en libellules minimise
      la noire vacance du tableau

      Tradescantia

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    • Auteur
      Réponses
      • #3378302
        Mascotte d'Oasis
        Avatar photodolores
        Membre Oasis
          • Sujet: 5309
          • Réponses: 62922

          Bonjour Trandescantia,

          De la poésie avec de belles métaphores indescriptibles
          J’ai bien du mal à comprendre mais toi seul sait.

          bonne journée amitiés

        • #3378346
          Mascotte d'Oasis
          Avatar photoZAGHBENIFE
          Membre Oasis
            • Sujet: 5163
            • Réponses: 60764
          • #3378400
            Administratrice
            Avatar photoSybilla
            Maître des clés
              • Sujet: 17854
              • Réponses: 198274

              Bonjour Tradescantia,

              De forts belles images pour nous toutes et tous nous inviter à visiter ce lieu si bien décrit en ta magnifique poésie onirique !

              Belle journée cher ami poète!
              Toutes mes amitiés
              Sybilla

              Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
            • #3378466
              Plume d'or
              ★★★★☆☆
              Avatar photoTradescantia
              Membre Oasis
                • Sujet: 480
                • Réponses: 1116

                Bonjour,

                C’est une joie d’accueillir des hôtes dans la Maison de Marianne… les mots de l’hospitalité reçoivent les mots de leurs ressentis…

                La journée vous soit heureuse ! …

                Tradescantia

              • #3378777
                Plume d'or
                ★★★★☆☆
                Avatar photoTradescantia
                Membre Oasis
                  • Sujet: 480
                  • Réponses: 1116

                  Bonjour,

                  Soyez le bienvenu en ces lieux, avec votre palette de sentiments versicolores…

                  Veuillez prendre tout votre temps pour y découvrir ce tableau vôtre qui continuera de fenêtrer la Maison de Marianne…

                  Gratitude.

                  Tradescantia

                • #3378778
                  Mascotte d'Oasis
                  Avatar photoislander
                  Membre Oasis
                    • Sujet: 8962
                    • Réponses: 96830

                    magnifique, une poésie où il fait bon, plonger et replonger au hasard des strophes (c’est ma méthode), et l’on revient souvent flaner dans ces vers, que d’images et de subtilités, un régal, « il ne faut rien changer » , « ces mots détournent nos esprits des contingences » à l’infini, j’admire

                    yann

                  • #3378780
                    Plume d'or
                    ★★★★☆☆
                    Avatar photoTradescantia
                    Membre Oasis
                      • Sujet: 480
                      • Réponses: 1116

                      Bonjour Yann…

                      … Je vous réponds pour ainsi dire en direct, en ces prémices du jour nouveau…

                      … ‘au hasard des strophes’ : voilà qui est tout à la fois si sage et si enthousiasmant… La Maison de Marianne est une invitation à la flânerie, à la musardise désheurée…

                      … ‘ces mots détournent nos esprits des contingences’ : oh ! quelle réception heureuse d’un vouloir de poésie… et chaque pièce, chaque objet tressaille de cette forme de vie secrète qui lui est insufflée…

                      Ce mot, vous le connaissez déjà, oui, ce mot-là : Gratitude…

                      Tradescantia

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